MORANDE PEINTRK DE MŒURS LA SOCIÉTÉ CONTEMPORAINE
La Galette noire. — Morande passe en revue les difRrentes catégories de la sociiié de son temps. — La Noblesse : Coup d'cciJ historique sur la généalogie des principaux pairs de France. — L'aristocratie et les courlisanes. — Les chevaliers de Saint-Louis. — Le corps diplomatique. — L'Éolise :,A¥enture de l'évéque d'Arras. — Les capucins de la rue Saint- Honoré. — La Macisthatube. — Le Parlement et les tripots. Le duc de Duras; le marquis de Fleury. — Le pharaon au Luxembourg et au Palais-Royal. — L'hôtel de l'ambassadeur de Venise. — Gombaud caissier des jeux. — La Finance. — Les fermiersgénératix : Bouret et Dangf. — Le harem de Beaujon.
— La Galanterie : Tableau du boulevard. — L'abbaye de Longchamps et la promenade du Uois de Boulogne. — M'i" Levasseur et le comte de Mercy- Argenteau. — Le comte d'Arandeet Ml'" Cléophîle.
— M»» du Thé: le duc de Durfort et le comte Matousky. — Le valet travesti en grand seigneur.
— Les protecteurs de M»» du Thé : le comte d'Artois,
térîeuse. — La correspondance de par Theveneau de Morande.
LE rôle joué par Theveneau comme agent de la police secr< curieux par lui-même et offrait des assez neuves sur la lutte engagée vernement de Louis XVI et les F giés à Londres, pour que nous ayoi insister sur ce point avec quelque ments. Mais on aurait tort d'où Ga\etier cuirassé tenait une pli ne renonça nullement à s'en ser réconciliation avec la cour de Frar plus que ce singulier personnage jamais entièrement, et que le libelli
moyennant finance, trouvait son ai trop lucratif pour l'abandonner i Revenons donc à l'écrivain.
Comme on Ta dit plus haut, c 1774 que Morande s'était vendu a ment royal, représenté par Beaum l'année suivante, il rendait à la coi
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plus en vue. La conséquence de l'évolution du Ga:[etier cuirassé fut de donner un autre cours à sa verve et de la diriger sur des sujets beaucoup plus propres à plaire aux libertins qu*aux révolutionnaires et aux ennemis de la monarchie. Si le xvin* siècle a été une époque de fièvre philosophique et politique, c'était aussi le siècle de la débauche élégante et des mœurs faciles. A la veille du grand cataclysme, du déluge y comme disait Louis XV, il semble qu'on se hâte de savourer et d'épuiser tous les plaisirs, d'aller jusqu'aux limites extrêmes du dévergondage physique et moral, d'user jusqu'à la dernière heure de tous les privilèges de la fortune et de la naissance; et chacun marche vers Tabîme, le front couronné de fleurs. Le pinceau de Morande rend avec une fidélité rare laspect brillant de cette société que la destinée condamne à une dissolution prochaine et irrémédiable, mais qui cache ses germes de mort sous un éblouissant vernis de grâce et d'élégance. Ah! c'est un guide plein d'expérience que l'ancien pamphlétaire. 11 connaît tous les vices, pour les avoir indistinctement pratiqués; ces grands seigneurs, il les juge avec d'autant plus de vérité qu'il les a observés non pas dans leurs salons, et dans leurs costumes d'apparat, mais dans les plus mauvais lieux et dans le
la place qu elles occupent dans royaume; ces théâtres, il en sait en possède sur le bout du doigt scandaleuse. Il ressemble un pet gers obligeants qu'on rencontre les contrées du Midi et qui ofTreni de lui montrer dans le détail tout< larités de leur ville. C*est un cicei ciable, mais qui a trop d*accointa brigands.
Le Ga:(etier cuirassé, contraii conversion intéressée, de respecter !
royales, les favorites et les minist gement dédommagé en criblant ( les simples gentilshommes. Paul-I Simple Discours, insiste, avec soi que, sur l'origine des plus nobleî France; il montre que beaucoup ont dû leur élévation à la faveur ou à rintrigue d'une femme de Theveneau avait déjà développé la i et Ton pourrait, après avoir parc< chapitre de sa Ga:{ette noire, in (Tœil historique sur la jr^n^yJ^^
1 érudition en même temps que la méchanceté de l'auteur. A l'en croire, les de Luynes, ces trois frères « qui n*avoient qu'un manteau qu'ils portoient tour à tour, lorsqu'ils alloient au Louvre », avaient pour père Honoré Albert, petit avocat de Mornas, dans le Comtat ; les ducs de Richelieu descendaient de Vignerot, domestique et joueur de flûte du cardinal de Richelieu^ qui consentit à lui donner sa propre sœur en mariage; les La Rochefoucauld remonteraient à Georges Vert, étalier-boucher; les Villeroy sortiraient d'un marchand de poisson ; les d'Harcourt d'un bâtard d'un évéque de Bayeux; les Gramont devraient leur fortune à Corisande Dandoin, maîtresse du roi Henri IV; les Noaillesàcelui de leurs ancêtres qui portait les plats chez le comte de Beaufort, Pierre Roger; les Villars auraient pour auteur un greffier de Condrieux qui acheta des lettres de noblesse. Ce pamphlet pourrait être digne d'attention, bien qu'il contienne sans doute des allégations hasardées dont la critique littéraire n'a pas à se porter caution; seulement, ce que Morande ne nous dit pas, c'est qu'il a copié mot pour mot son Coup d'œil historique sur un mémoire présenté par le Parlement de Paris au Régent, le 12 mars 17 16, à l'occasion de la prétention des pairs qui voulaient être salués comme les
.^Mwo iiucraires'du Ga^etier cutrasséy elle d montre en même temps que le pamphlétai puisait parfois ses documents à d'excellent sources, sans se soucier, d'ailleurs^ d*en signi 1er la provenance.
Toutes les armes lui sont bonnes, comme Molière, pour flageller les ridicules ou les vice de Taristocratie de cour.
Il se moque agréablement de tous ces petit nobliaux de rencontre qui prenaient impudem< ment des titres de marquis ou de comtes et s€
I. Nous avons comparé le chapitre de la Gai^ette noire avec plusieurs copies du mémoire rédigé par le Parlement en 171 6 et attribué au président de Nouvion. La biblioth. Carnavalet en possède deux fort belles: Tune se trouve dans un recueil de pièces manuscrites in-40, no 14939, et l'autre existe à l'état de pièce détachée. Le mémoire dont il s'agit a été même imprimé dans un très curieux recueil de pièces diverses publié par Pérau,Guerlon et autres en 1745. V. p. 207, vol. A-B. La réponse des ducs et pairs au mémoire du Parlement se trouve au vol. C D, p. 68. Un autre recueil manuscrit que nous avons eu entre les mains contient un mémoire dressé par d'Hozier en mnfi «"»
qualifiaient s de très haut et puissant seigneur». II rappelle le bon tour que leur joua l'abbé Terray, qui ne manquait pas d'esprit, lorsqu'il imagina de faire taxer par les receveurs ceux qui se paraient de titres nobiliaires. Quant aux grands seigneurs authentiques, Morande flétrit leurs scandaleuses alliances avec des courtisanes de profession. C'est le duc de Nevers qui épouse la Quinault; le comte d'Hérouville qui s'unit à Lolotte, maîtresse du comte d'Albemarle; le marquis de Moutiers à la de Varenne; le marquis de Langeac à la Sabbatin, maîtresse du duc de la Vrillière '; et encore le marquis s'engageait-il à ne pas troubler les plaisirs du noble duc. Cette même Sabbatin eut encore le talent de faire épouser sa fille au marquis deChambonas; mais cette nouvelle victoire de la courtisane ne laissa pas de soulever des orages. Lorsque la mère du marquis de Chambonas alla faire part du mariage au maréchal duc de Biron, leur parent, le maréchal indigné fit monter un suisse et lui dit : a Quand Monsieur ou Madame se présen-
1. V. sur la Sabbatin l'Espion anglais, t. Il, p. 7. Le duc de la Vrillière eut d'elle cinq enfants que le marquis de Langeac reconnut comme siens en épousant la maîtresse du minisire. A cinquante ans,cette femme était encore fort belle.
de Saint-Louis excitent aussi la verve du lit liste. Il ne peut se faire à Tidée qu'on déo tel jeune officier, bâtard d'un ministre, moment même où il vient d'être déshonoré f sa lâcheté dans une rixe; il trouve incroyal qu'on n'ait pas retiré sa croix à M. de Bellegard condamné par le conseil de guerre comme aya favorisé son beau-frère Mathieu dans un v d'armes fournies au roi. On a vu un chevall de Saint-Louis porter la queue à un cardina on en a vu un autre porter la queue à 1 Du Barry. « On voit des croix de Saint-Loui à la tête des maisons de jeu, des tripots, etc en sorte qu'il est presque aussi honteux d l'avoir ou de ne l'avoir pas. »
Il ne s'arrête même pas devant les immu nités diplomatiques et rapporte, en termes cruî la mésaventure de cet ambassadeur de Venise qu'on avait trouvé évanoui, pour desraisor assez peu morales, dans le jardin du Luxem bourg. Il fut a ramené à son hôtel par deu suisses, oui lui auraient Hnnn4 •*- '
lui en ont demandé quittance et ont refusé l'argent qui leur a été offert pour garder le secret sur cette pâmoison, a
Morande n'affiche pas moins d'irrévérence pour les grands dignitaires ecclésiastiques. Il leur attribue des mœurs beaucoup plus grecques que romaines, bien que le nonce soit pris le premier à partie ; a Le nonce de Sa Sainteté vient de recevoir du Sacré Collège un présent de douze pages qui seraient en état de faire le service du cardinal le plus difficile; le Souverain Pontife y a joint deux eunuques noirs pour veillera leur conduite et empêcher les seigneurs français d'envahir les privilèges de la cour de Rome, n A en croire le libelliste, — mais on ne le croira pas, — l'aimable cardinal de Bernis ', ambassadeur de France à Rome, celui que Voltaire surnommait Babel la bouquetière, (1 avait été naturalisé romain par les cardinaux Pallavicîno et Acciaioli n. Morande s'égaye aussi sur le compte de l'abbé Grizel
I. ( On écrit de Rome qu'on a frappé une estampe allégorique et tout à fait plaisante. Elle représente le pape dans un berceau qu'agile doucement M. le cardinal de Bernis, et au bas il est écrit : Il a beau/aire, il me berce, mats il ne m'endormira pas. On a attaché cette pasquinade, suivant l'usage, à la statue de MarfoHo. Elle n'a pas besoin de commentaires. " Mém,
wfiusxmiTCuae aventure dont 1 eveque d Arras avait été la victime : « M. Despinchal vient de donner une leçon à Tévêque d'Arras, dont nos prélats avaient besoin pour les avertir... qu'il est de leur devoir d'éviter le flagrant délit. M. de Gouzier aurait épargné 12^000 francs, s'il avait été moins voluptueux et qu'il se fût contenté d'une bergère. M. Despinchal, l'ayant trouvé au lit avec sa maîtresse, l'a forcé de lui rendre 5oo louis qu'elle lui avait coûtés depuis deux mois; après quoi, il lui a cédé tous ses droits de propriété, moyennant cet arrangement. » Après avoir complaisamment mis en relief les scandales qui compromettaient l'Eglise et ses ministres, Morande constate qu'à ce relâchement des mœurs ne correspond pas un redoublement de tolérance à l'égard des incrédules. Il oppose le procès et l'exécution du malheureux chevalier de la Barre, qu'il traite d'assassinat exécrable, à l'impunité qui, en des temps moins irréligieux, était assurée aux attentats des frondeurs. « Ce qui eût été regardé
Paris, avec un poignard empoisonné qui déborde quatre doigts hors de sa soutane; et cela ne produit qu'un bon mot. Des frondeurs jettent par terre le Saint-Sacrement qu'on portait à un malade, valet de chambre du cardinal Mazarin, et chassent le prêtre à coups de plats dépée; et l'on n'y prend pas garde, b Vaut-on mieux au xviic* siècle, et ta religion esl-elle plus honorée? Morande le conteste; et, employant son procédé habituel, il raconte le désagréable procès qu'attirèrent aux capucins de la rue Saint-Honoré, en 1764, les péchés mignons d'un certain Père Grégoire, qui. après avoir rendu mère une demoiselle Charlotte Bras-de- Fer, l'avait mariée au sieur Moutard, cordonnier. Sans doute, un fait isolé ne prouve rien, et tout cela est de la polémique légère, absolument dépourvue, au fond, d'intentions morales; mais ces arguments dans le sens de la tolérance réciproque entre clercs et laïques ne sont pas si futiles qu'on pourrait le croire au premier abord.
L'auteur de la Galette noire, qui avait eu dans sa jeunesse maille à partir avec la Magistrature, ne garde pas avec elle plus de ménagements qu'avec le Clergé ou la Noblesse. Il accuse le Parlement de mettre obstacle à tous les progrès, de s'opposer à toutes les réformes utiles.
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« Ce Parlement n'a jamais fait de bruit que contre ce qui blesse sa vanité ou ce qui combat les chimères de cette vanité... Autrefois il fît proscrire l'imprimerie et fit empoisonner comme sorciers les premiers fauteurs de cet art respectable, n interdit l'usage des pommes de terre, de cet aliment que nous répandons aujourd'hui comme un des grands dons que Dieu ait faits à la terre pour la conservation de l'espèce humaine. )> Qu'a-t-il feit encore? 11 a proscrit rémétiqucj fulminé contre la saignée et la théorie de la circulation du sang, contrecarré l'établissement de la petite poste et retardé le développement de l'inoculation en France.
Morande reconnaît que le Parlement a bien voulu s'occuper du scandale des tripots et qu'il a mandé le lieutenant de police Lenoir à sa barre; mais il ajoute que ce dernier se tira d'alfaire, en déclarant que le produit des jeux payait les frais de traitement des maladies syphilitiques, frais évalués, pour Paris seulement, à I million 142 livres 3 sols. Lenoir, loin de recevoir un blâme, fut comblé de félicitations pour avoir produit cette triomphante justification. Le moraliste rend encore au Parlement cette justice, qu'il a proscrit par arrêt des Chambres réunies le jeu de la Belle, mais il soutient que le pharaon, le brelan, le biribi,
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le quinze, le vingt et un, le trente et quarante ont plus de vogue que jamais. Il cite par leurs noms les grands seigneurs auxquels la passion du jeu a fait commettre les actes les plus coupables : un duc de Durasqui, après avoir escroqué I million, va fonder à Bordeaux une maison suspecte avec le juif d'Albuget, dit Belarise, et une escorte d'autres fripons; un Maranisse qui va jusqu'en Pologne pour apprendre l'art de tricher; un duc de Mazarin qui s'est rendu fameux par tous les genres de désordres; et ce marquis de Fleury, fils d'un premier gentilhomme de la chambre, qui dérobe à ses dupes une somme de t,5oo,ooo livres et se hâte, le coup fait, de prendre la fuite. Les malheureux créanciers vont trouver le père, qui répond, avec onction : ■ Mon fils. Messieurs, vous vole en ce monde, mais Dieu sera votre récompense dans l'autre, n Le pharaon surtout faisait rage. Morande prétend que les escrocs se glissaient jusque dans les appartements du duc d'Orléans, au Palais-Royal. Le comte de Genlis est accusé formellement par le libelliste d'avoir introduit chez le prince trois voleurs de profession, nommés Fontaine, Amiot et Dufour. Au Luxembourg, demeure de Monsieur, même scandale.
Le comte de Modëne, gouverneur du palais, avait loué au banquier Landrieux un souter-
;cu a rani , par exemple celle que tenait un chevalier de Saint- Louis, fils d'un aide de cuisine du prince de Conti; et celle de monseigneur de TEstangi aussi chevalier de Saint-Louis.
Enfin Tambassadeur de Venise, le même qui avait dans les jardins publics de si singulières aventures, tenait dans son hôtel un véritable tripot dont quatre courtisanes faisaient les honneurs, sous la direction du sieur Hazon et de ses commis Dumoulin et Villier. Au surplus^ les maisons de jeux n*échappaient pas à la surveillance de la police. Le ministre Amelot avait même créé pour son protégé Gombaud un emploi de caissier de jeux. Tous les banquiers des tripots déposaient leurs fonds entre les mains de ce fonctionnaire de police et venaient lui rendre compte, chaque matin^ de leurs opérations. Le caissier leur accordait ensuite un salaire proportionné à l'importance de leurs gains respectifs. D'après Morande, l'emploi de Gombaud ne laissait pas d'être fort lucratif; il avait le plus beau carrosse de Paris et pouvait
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Bien qu'il soit prudent de n'accepter les allégations du pamphlétaire qu'avec circonspection et sous bénéfice d'inventaire, il n'en fournit pas moins bien des renseignements curieux sur toutes les classes de la société de son temps. Après la noblesse, le clergé, la magistrature, il passe en revue les financiers les plus en relief et nous initie aux délails intimes de leur vie privée. Il nous parle d'abord des fermiers généraux, et cite notamment deux d'entre eux, Bouret et Dangé. Quant à Dangé, fils de tonnelier, ancien gardon d'auberge, qui avait fait d'une place de commis dans les bureaux de
moins faciles. Il eut de nombreuses maîtresses, notamment la signora Chiavacci, qui avait obtenu un grand succès dans l'opéra bouife de Piccini // Matrimonio per ingûnno, et déployait un luxe inouï dont les nymphes de l'Opéra se montraient jalouses. Les galanteries d'Amelot eurent pour sa santé des suites douloureuses. En 1783, il eut une étrange maladie, à en croire les Mémoires secrets : t On en parle hautement à la cour,
on en plaisante; on dit qu'il a la maladie des serins
ce qui confirme ce soupçon, c'est que personne ne peut approcher de lui, depuis trois mois et plus, pas même sa famille. Une naïveté de son suisse le tourneroli en certitude, si elle étoit vraie. On veut qu'un quidam, vingt fois venu pour parier à ce ministre et n'ayant pu y parvenir, ayant demandé à ce suisse, d'un air mystérieux : Mais est-ce que M. Ameloi aurait la petite vérole? il lui ait répondu brusquement : Boni estce que TOUS prenei; mon inaïtre pour un enfant? •
dans sa maison de Puteaux, à des orgies crapuleuses auxquelles certaines courtisanes, comme les sœurs Fauconnier, dont Tune fut la maîtresse du duc de Grammont, ne se sentaient pas le courage d'assister jusqu'au bout. Mais Bouret avait plus d'originalité '. C'était pour la munificence un émule de Fouquet^ bien qu'il fût d'origine absolument modeste, puisqu'il était fils d'un laquais de M. de Fériol^ cet ambassadeur de France en Turquie qui avait
1. Dangé mourut en mars 1777, à soixante-deux ans. c La veille de sa mort, il recevoir encore du monde : il étoit sur sa chaise longue, jouant à la bouillote et parlant filles. Il disoit qu'il vouloit s'en aller gaiement.» Mémoires secrets, g mars 1777. Il laissa huit millions à son neveu Dangé d*Orçay, et cinq millions de legs particuliers.
2. La manière dont il capta la bienveillance de M. de Machault, le contrôleur général, est assez piquante. M. de Machault avait perdu une levrette qu'il aimait beaucoup. Bouret s'en procura une exactement semblable, et la dressa à saluer et à caresser un mannequin revêtu d'une simarre, ornement que portait toujours le contrôleur général, comme garde des sceaux.
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acheté M'" Aïssé à un marchand d'esclaves.
Bouret s'était poussé fort avant dans les bonnes grâces de Lxiuîs XVj et il faisait sa cour au roi d'une maaière assez nouvelle. Ayant appris qu'un certain coin de la forêt de Sénart plaisait au monarque, il l'acheta et y fit bâtir par l'architecte Le Carpentier un pavillon magnifique) pour avoir l'honneur de recevoir son maître et de lui offrir une pèche, pendant que des créanciers impitoyables saisissaient à Paris les meubles du parvenu. Morande passe en revue les receveurs-généraux, les payeurs de rentes, qui étaient « au nombre de 64 pour payer environ 64 millions », et qui avaient chacun trente ou quarante mille lives de revenu. L'abus était si manifeste que l'abbé Terray s'en offusqua et supprima la moitié des bénéfices de ces officiers. Mais le type de financier le plus piquant que nous offre le pinceau du pamphlétaire, c'est Beaujon, le banquier de la cour, a Le sieur Beaujon se couche ordinairement sur les neuf heures; alors il admet ce qu'il appelle ses berceuses. Ce sont de Jeunes et jolies femmes qui viennent le caresser, lui faire des contes et l'endormir. Elles sont au nombre de cinq ou six, toutes femmes comme il faut, mais bien payées pour cela; et cette dépense coûte peut-être au financier 200,ooolivres
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de rente. Entre autres berceuses, on compte la dame Du Lys, femme de l'ancien lieutenantcriminel, la baronne de Cangé qui, grâce au sieur Beaujon, a acheté cette terre à son mari, ci-devant le sieur Fenouillot de Falbaire, auteur de YHonnête Criminel. Quand le sieur banquier est assoupi, on descend, on sert un splendide souper et Ton s*amuse quelquefois jusqu'au réveil du sieur Beaujeon, qui se lève à quatre ou cinq heures du matin *. d On ne dit pas que le sultan de Constantinople ait protesté parla voie diplomatique contre son concurrent français. Le fermier-général avait aussi fait construire un ermitage près de la grille de Chaillot. On y couchait dans des corbeilles de fleurs, et la vue s'étendait sur un jardin de cent arpents^ dessiné à l'anglaise.
I. On peut lire le même passage dans VEspion anglais, t. I, p. 33Ô.
M. Ernest Boysse, dans son intéressante étude sur les abonnés de l'Opéra j 1783-86 (Paris, Quantin, 1881), cite, d'après la Correspondance secrète, deux traits de bienfaisance qui font le plus grand honneur à Beaujon. On sait aussi que Beaujon fonda, en 1784, Thôpital qui porte encore son nom. Les Mémoires secrets (28 décembre 1772) prétendent que Beaujon c a pensé être pendu en 1748». —Ailleurs, ce recueil traite Beaujon de c Turcaret sans grâces, sans aménité, nullement décrassé comme les financiers modernes et très rustre 1 (8 octobre 1773). Il mourut en décembre 1786.
Entre tous les mondes que Morande met en scène et qu'il fait revivre dans ses libelles, celui qu'il connaît le mieux, c'est assurément celui de la galanterie. Cette race des femmes de plaisir, il en est le peintre et le biographe. U nous la montre dans la rue, au théâtre, dans le palais des grands seigneurs et dans tes petites maisons des princes. Regardez : la voilà qui défile sur le boulevard de Paris, cette foule éblouissante et dangereuse. Morande, assis sur une chaise, ne laisse rien perdre du tableau : « Quelle satisfaction de voir cent mille beautés passer çà et là; les unes coiffées en hérisson, d'autres portant coiffures à l'enfant, d'autres enfin couvertes de panaches énormes, vous clignoter d'un œil assassin ; une autre vous faire remarquer, en affectant de rire, une petite bouche qu'elle pince en retirant ses joues; une autre serrant de ses deux mains son mantelet, pour montrer l'élégance de sa taille; celle-ci dans sa voiture, un petit maître à sa portière qui, tout en ricanant, lui déclare le feu qu'elle a su lui inspirer, tandis que par-dessus sa tête, parfumée de l'odeur la plus forte et accompagnée de plusieurs boucles flottantes, elle fait des signes t d'autres qui passent devant elle. Quel agréable tableau! O Athènes, tu crois ne plus exister, et l'on te
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retrouve chaque jour sur nos boulevards ' 1 s Les mœurs et la corrfiption élégante de la Grèce ne renaissaient pas seulement sur les boulevards de Paris. La galanterie envahissait jusqu'aux églises et aux couvents. Il y avait à Longchamps, dans le bois de Boulogne, une abbaye de filles qui, au moment de la semaine sainte, servait de but de promenade à la haute société du temps. Comme l'abbaye possédait de belles voix, on était censé aller à ténèbres. Mais les fidèles prirent, en faisant leurs dévotions, une attitude si inconvenante que l'église
I. Ce passagCj que nous citons d'après la Gajette noire, se trouve tout entier dans le Chroniqueur désituyré ou l'Espion du boulevard du Temple. Londres, :78î, 1 vol. in-ii. V. t. I, p. i5. La Galette noire reproduit de même beaucoup d'autres passages du Chroniqueur dcsatuvrë, sur lesquels nous aurons à revenir, à propos des cafés et des théâtres. Mais quelle conclusion faul-il tirer de ce plagiat manifeste? Au premier abord, on serait tenté d'admeure avec Quérard que le Chroniqueur désœuvré était l'œuvre de Mayeur de Saint-Paul, cet acteur et directeur de lliéàtre qui eut une vie si accidentée, joua à l'Ambigu et chez Nlcolel, passa en Amérique vers 17H9, puis revint fonder à Bordeaux le théâtre du Vaudeville; enfin fut engagé à Paris, en 1795, au théâtre de la Cité, et mourut à la fin de i8[8. La délicatesse littéraire de Morande qui, nous l'avons vu plus haut, s'approprie, sans indiquer la source, un mémoire entier du Parlement, ne peut inspirer une confiance suffisante pour détourner de lui toute accusation d« plagiat* Cepen-
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dut être fermée. Chassés du temple, les Pharisiens et les Parisiennes se donnèrent rendezvous dans les environs ; et c'est ainsi que le Bois de Boulogne devint la grande promenade de Paris, où les désœuvrés et les femmes de plaisir se rendront en foule, qui à cheval, qui en équipage, pour faire assaut de luxe et de toilettes.
Morande a la clef de toutes les alcôves; il sait que M'" Le Vasseur, actrice fort laide, sèche, mais pleine d'esprit et de talent, maîtresse adorée du comte de Mercy-Argenteau, le grave ambassadeur de l'Empereur, vient souper avec
dant il nous parait peu probable que le Gazetier cuirassé ait osé, deux ans après la publication du Chroniqueur désœuvré, copier lextuellement l'ouvrage d'un autre dans sa Galette noire qui a ét£ imprimée au début de 1784, On peut supposer que Morande est l'auteur du Chroniqueur désauvré comme de ia Galette noire et qu'il s'est servi deux fois des mêmes matériaux pour battre monnaie et tirer à la ligne. Nous savons qu'on a contesté à Morande jusqu'à la paternité de la Galette noire, que certains érudits attribuent à Latitte de Pelporre, l'nuteur probable des Petits Soupers de l'hôtel de Bouillon (V. une note de Quérard et Jannet, Supercheries Httêrflires, t. II, p. 141). Mais rien ne vient à l'appui de celle conjecture, et la préface de la Galette noire [où Morande annonce la mort du Gazetier cuirassé et !a publication de ses oeuvres posthumes, alors que le gazetier était plus vivant que jamais), ne laisse aucun doute sur la communauté d'origine du Gazetier cuirassé et de ia Cadette noire.
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lui, à des jours marqués, sansque personne s'en doute dans la maison de Son Excellence. 11 n'ignore pas que le comte d'Arande, ambassadeur d'Espagne, aprèsavoir congédié M"" Cleophile * pour faire sa cour au chaste Louis XVlj n'a pu s'empêcher de la reprendre. 11 a feuilleté le carnet sur lequel M"' Dubois, une fugitive delà Comédie-Française, inscrivait les noms de ses amants, et il a noté le total des heureux qu'elle avait faits : 16527 '. Il raconte, comme un beau traitde loyauté, que M'" Grandi ayant eu avec son adorateur titulaire une petite querelle de ménage, fit monter son portier qui certifia sous serment qu'il n'était entré chez elle que six personnes suspectes dans toute la
I. C'était une ancienne danseuse de l'Opéra. Elle eut beaucoupd'adoraleurs,enlreaulretla Harpe qui s'éprit d'elle comme un jeune homme, bien que la santé de la belle fût sujette à caution, et qu'elle eût figuré dans le sérail du prince de Soubise. La Harpe s'afficha partout avec elle, au théâtre, à la Redoute et même à l'Académie. V. la Correspondance de Grimm, t. IX, p. i83.
ï. Les Mémoires secrets {1 mars (7(33) nous disent i^ae 'M<l> Dubois n'avait pas de talent, mais était • une très-jolie créature ». Ailleurs cependant (4 mai 17C1), on dit qu'elle louchait et que son visage ne pouvait rendre que les rôles de furies. En revanche, elle avait un très bel organe (Mémoires secrets, 20 août 1767). Mais ses grands bras étaient insoutenables [Ibid., 1" mars 1769). Cela ne l'empechaii pas d'avoir une
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matinée. A qui douterait de la munificence du comte de Sabr... le gazetier apprend que ce noble seigneur adonné des meubles à M"" Testard et Thuillier, ainsi qu'à quelques autres filles moins connues qui ont vendu les leurs pour payer ses dettes, à plusieurs reprises. 11 ne faut pas que M. le comte se fâche, ajoute le doux pamphlétaire ; il aurait bien tort, « car on n'a pas dit qu'il a vendu les meubles de sa femme, pendant qu'elle était à la campagne... et on aurait pu le dire parce que cela est vrai. » Grâce à Morande, bien des petits scandales de la vie galante sont transmis H la postérité. C'est l'aventure du comte de P.., ' qui, surpris en tête à tête avec M'" Du Thé, maîtresse du
grande influence à la Comédie-Franfnîse, vers 1770. Quand elle fit sa rentrée dans Zaïre, en décembre 177 1, après une grave maladie, on lu] fit une ovaiion Irîomphale.Elleseretiraduihdàtreeii novembre I77i,apr6s la morl du aieur Gauthier, son amant, qu'elle pleura avec affectation. W" Dubois mourut de la petite vérole en novembre 1779, laissant de 30 à 35,ooo livres de rente. Sur M'i° Grandi et ses conquêtes, V. Afémoires secrets, 14 mars .768.
I. Est-H:e le mfme personnage auquel arriva la mésaventure que Manuel [Police dévoilée, p. ib5) attribue au comte Matousky? < Le comte Matousky dormoit sur te sein de la Duthé, lorsque le duc de Durforl les éveille tous deux. Et le Polonols de se sauver et le François de le poursuivre jusque dans la rue. Le guet e en chemise et le couvre d'un manteau, i
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duc de Durfort, se piécipite dans la garde-robe de cette fille célèbre et y prend un bain parfumé. C'est la singulière humiliation que subit la même courtisane, proclamée par Morande tt l'héroïne de nos filles ' ». Unjour, un équipage pompeux s'arrête à la porte de la belle. On en voit descendre un jeune homme magnifiquement vêtu et entouré de valets de grand style. II monte, s'annonce pour un étranger de la plus haute distinction, et fait à la Du Thé les promesses les plus brillanl^es. Comment résister à un si brillant cavalier, quand on n'est pas une vertu farouche? L'étranger, n'ayant plus rien à désirer, prend congé et dépose, en partant, une lourde bourse sur la toilette; mais, Â peine le noble visiteur est-il remonté dans son carrosse de gala, que la Du Thé ouvrit la bourse et n'y trouva que des jetons de cuivre. On apprit le lendemain que le prétendu prince exotique n'était qu'un valet déguisé qui, avec la complicité de ses camarades et grâce à lindiscret emploi des habits et de la voiture de son maître,avaitimaginé cette comédie galante.
1. La même anecdote se trouve dans la Chronique scandaleuu, i. I, p. 87, édit. de \-jç,\. — On peut lire dans la Galette noire, p. 199, et dans VEspion anglais, t. 111, p. iqi, une épitre sur les courtisanes dédiée à Miio Du Thé.
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La Du Thé pouvait d'ailleurs se consoler d'une mésaventure aussi douloureuse pour son amour-propre : les plus grands personnages se disputaient ses faveurs. St l'on en croît V Espion anglais et la Police dévoilée, elle aurait,étantencoresimplee5piî/ier d'opéra, reçu du duc d'Orléans la délicate mission d'inculquer au duc de Chartres les premiers éléments de l'art d'aîmer. Le comte d'Artois montra du goût pour elle. M. de Sartine l'honora de sa protection, ce qui permit à Morande de diffamer le ministre de la marine dans une brochure dont parle la Correspondance secrète (la Cassette verte, trouvée dans les papiers de M'" Du Tbé, 1779). La Du Thé étalait un luxe insolent et se montrait à Longchamps dans un équipage à six chevaux dont les harnais étaient en maroquin bleu, recouvert de plaques d'acier. Pendant son voyage en Angleterre, elle inspira une violente passion à Fox età lordSh*** qui, en un mois, dépensa pour elle 7,000 guinées. La femme de ce prodigue, passant devant la courtisane, à la sortie de la Comédie italienne, se contenta de dire au lord en souriant : t Oui , elle n'est pas mal. d Manuel attribue le même mot à la marquise de Genlis, lorsque le marquis, dont les mémoires du temps racontent les folies et les
Nous ne suivrons pas î excursions cyniques à traver de la galanterie ou plutôt de] que. L'apothéose de la nobh qu'on appelait dans le mei petite comtesse j révolterait k lecteur moderne. Et pourtant i dante ou grande maîtresse dt cour et dé la ville », pour n qualificatifs que Morande lui £ Vin certain rôle dans Thistoire Tous les jours, le lieutenant de au roi Louis XV un extrait ( comtesse : Tidée venait de M"® d et la Du Barry avait soigneu; tenu cette tradition administrât!
qu'il se passait des choses bizar maison de la comtesse que la i décrit avec minutie, comme le leux des édifices historiques. 1 dut passer un moment agréable, les notes de n/*'---
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de Douai. Un certain aigrefin, chevalier de Saint-Louis, qui s'entendait avec le chevalier de Gricouit, beau-frère de la victime de cette intrigue, présenta à M"' d'Oppy la petite comtesse comme une femme de la plus haute condition , habituée à recevoir la meilleure compagnie. La femme du grand bailli, trompée parces faux renseignements, accepta un souper chez la Gourdan; mais la police, prévenue par le chevalier de Gricourt, vint aussi au rendezvous et envoya M"*' d'Oppy à Saint- Lazare.
De là scandale épouvantable. M. d'Oppy accourt ù Paris, dépose une plainte en^adultère contre sa naïve moitié et veut la faire enfermer dans un couvent pour la punir de ses imprudences. M"' d'Oppy se dérobe par la fuite aux persécutions de son Othello, et demandée la justice de prononcer la nullité de la plainte en adultère. Au fond, la vraie coupable c'était la petite comtesse, sansoublier les gentilshommes ses complices. Un arrêt la décréta de prise de corps, et la condamna -à être promenée sur un âne, la tète tournée vers la queue; mais ses amis du Parlement la prévinrent à temps et elle put se mettre à l'abri ; quant à son mobilier curieux et compliqué, il fut saisi et séquestré. Le gardien ne le montrait plus qu'aux personnes munies d'un permis du président de la
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Tournelle, M, de Gourges '. Ce fut un grand deuil parmi les libertins du temps que cet exil de la petite comtesse qui fut d'ailleurs mise hors de cause le i g août 1 776 ', Pour Morande, la Gourdan devient un type historique, comme la Macette pour Régnier. Autour d'elle, il groupe toutes les figures dégradées et grimaçantes du xvm* siècle qui s'achève. 11 édite, en 1784, la prétendue « correspondance de M" Gourdan, dite la comtesse », qui n'est autre chose que le recueil des lettres supposées de ses clients, lettres de remercîmentSj lettres de reproches et d'injures, suivant les cas. C'est dans ce singulier petit livre, qui excita un tel
1 . Morande a emprunté ou fourni à l'Espion anglais, t. m, p. 71, la description de la maison de M"»" Gourdan, ainsi que VOraison funèbre de M"' Justine Paris, gra' 'e prétresse de Cytkère, Paphos, A malhonte, etc., pro .oncée le 14 novembre 1 7 ■j 3 par M'a' Gourdan sa coadjutrice, en présence de toutes les nymphes de Vénus. Espion anglais, t. III, p. 90. Conf. Gajeltc noire, Édit. de 17S4, p. g7 cl suiv. et p. ulî pour l'oraison funèbre de Justine Paria. LaGa^ette noire, étant datée de 1784, doit itte antérieure au t. lit de l'Espion ait' glais, qui est daté de 1785. Mais i] y a eu une réimpression de l'Espion. Qui est le plagiaire?
2. Sous la date du 3 décembre 1783, les Mémoires secrets afinoncent < que la petite comtesse a péri il y a peu de jours, de mort subite, presque violente. 1 On présumequ'ellea dû être empoisonnée, t Les rapport» qu'avait cette appareilleuse avec ce qu'il y a de plus
scandale qu'on mit à l'amende trente-trois colporteurs, qu'on trouve ^ l'instruction pour la jeune demoiselle qui entre dans le monde et veut faire fortune avec les charmes qu'elle a reçus de la nature i ; et autres jolies choses dont la lecture n'est pas encore autorisée dans les pensionnats de demoiselles. Toutes les catégories de débauchés y sont représentées par des spécimens littéraires parfaitement appropriés au caractère de chacun des correspondants :
depuis le petit abbé qui, ayant éprouvé certaines inquiétudes de santé pour avoir trop fréquenté les élèves de la petite comtesse, lui écrit : « On a bien raison de dire qu'il n'y 3 plus de probité, et qu'on ne sait plus à qui se
grand, ajoutent les Mémoires, la 1 de se faire beaucoup d'amis et d'
Il n'est pas inutile de rappeler, à propos de M'°° Gourdan, que, d'après l'auteur des Anecdotes sur la comtesse Du Barry, qui tenait ses renseignements de la Gourdan elle-même, la future maîtresse d'un roi fut pendant quelque temps la pensionnaire de la célèbre appareilteuse. La lîlle du commis Gomart de Vaubernier avait alors environ seize ans et sortait de chez Labîllc, marchand de modes, où elle portait le nom de M"° Lançon. Elle se rencontra chez la Gourdan avec son parrain, M. Billard-Dumonceauquitîcune scène effroyable à la suite de laquelle la jeune lïlle n'osa plus rester pensionnaire de la petite comtesse. Mais le comte Du Barry, un peu plus tard, permît à sa protégée défaire plusieurs visites à la Gourdan.
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fier j>, jusqu'à l'épais Allemand qui s'exprime en ces termes galants : « Matame^ que la mamzelle soit brune : moi l'aime pas les blondes; l'y avoir la œil considérablement langoureux, au lieu que la brune l'y afre l'œil plein d'amour *. »
Malgré la bassesse de ses goûts, Morande n'était pas un simple naturaliste^ pour parler le langage du jour. Faire la biographie ^ tracer le portrait d'une fille publique et de son aimable entourage, ne lui paraissait pas le comble de l'art. Toutefois, c'est évidemment un écrivain ennemi de la périphrase et du convenu»
I. Les Mémoires secrets annoncent le 8 juillet 1783 la publication du Portefeuille de M»» G. On peut consulter sur la Gourdan V Espion anglaiSy t. II, p. 1 36. Morande reproduit dans la Cassette noire la lettre VIH de VEspion anglais, qui est datée du 1 1 septembre 1776^ et notamment l'histoire de M"»» d*Oppy, qui se trouve aussi dans les Mémoires secrets du 20 juin 1776. On peut y joindre la plaisante mésavehture .de l'évêque .de Tarbes, M. de Lorry, qui avait recueilli dans son carrosse, les prenant pour d'honnêtes femmes, la Gourdan et deux de ses élèves dont la- voiture s'était brisée sur la route de Versailles. M^^ Du Barry et le roi en firent des gorges chaudes et reprochèrent au naif prélat, par l'intermédiaire du grand aumônier, de donner l'exemple des mauvaises mœurs, i Pourtant, disent avec raison les Mémoires secrets (3i janvier 1770), cette anecdote, qui paroît sûre, fait infiniment d'honneur à M. de Tarbes, dont les confrères n'auroient pas tous également méconnu la célèbre entremetteuse, i .
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II aimej lui aussi, le document humain. Il ne traduit pas les mœurs de son temps dans le style pompeux des Belles infidèles. Sa manière est nerveuse et cynique ; les mots piquants, les personnalités abondent. C'est surtout quand il parle des choses du théâtre que le pamphlétaire anonyme déploie ses qualités les plus incontestables : la verve et l'esprit. Aussi bienj il est là sur son terrain de prédilection, au milieu des roués et des femmes galantes, sur la lisière du grand monde et des bas-fonds interlopes de la société. Il savoure la jouissance intime de voir tous ces beaux seigneurs dupés par des cabotins et des actrices-courtisanes. Le Cafetier cuirassé prend une à une les princesses delà rampe, et, comme un montreur de lanterne magique, les donne tour à tour en spectacle, détaillant leurs traits, racontant leurs exploits et, entre temps, criblant de sarcasmes leurs illustres adorateurs.
Entrons , à la suite de Morande , dans ces coulisses qu'il connaît si bien, et commençons ce voyage au pays du Tendre en frappant à la porte de l'Opéra.