‹ Thiers (volume 2)Chapitre 2 sur 3 · TRIBUS. OL · texte numérisé non relu

TRIBUS. OL

M. Thiers, comme ses âiitres collègues, ne fut point transféré à Ham. On lui permit de gagner la frontière, et de se rendre à Francfort par le pont de Kehl.

Son ami, l'historien Mignet, l'accompagna jusqu'à Tembarcadère du chemin de fer de Strasbourg.

« Au moment de partir, continue M. Gra* nier de Cassagnac, M. Thiers versa d'abondantes larmes : larmes justes, nobles et fécondes, si elles coulaient comme expiation de tant de doctrines révolutionnaires et de tant d^actes d*an.irchie; larmes amères, si elles n'étaient que le dépit d'une ambition jalouse et insatiable, tombée d^une hauteur inespérée, sans dignité et sans éclat. >

M. Thiers, aujourd'hui rentré à Paris, s'occupe, dit-on, exclusivement de pein-

ture, comme son ami M. Dupia s'occupe exclusivement de labourage.

Il est à désirer que l'un reste à ses pinceaux et l'autre à sa charrue.

En politique comme en littérature, le talent qui n'a pas la moralité pour guide et pour appui se montre toujours dangereux, rarement utile.

Certes, M. Thiers a un talent réel, incontestable. Mais il ne l'a mis en œuvre que pour son intérêt propre. L'intérêt de la société, comme l'intérêt de la France, s'effaçait constamment à ses yeux. Pour se venger de la perle d'un portefeuille il eût porté le for et la

THIERS. dd

flamme aux quatre coins de Paris et de l'Europe \

Son éloquence estaussi déloyale qu'elle est brillante.

Jamais esprit plus lin, plus délié, plus chatoyant n'a saisi la langue française pour opérer avec elle des tours plus complets d'escamotage politique *.

Il manie le raisonnement comme un prestidigitateur manie ses muscades ; il le fait passer d'une main dans l'autre, le couvre du gobelet, et le montre ensuite où personne ne s'attend à le voir.

Pour lui la phrase est une cire molle qui se prête à toutes les logiques, un

^ On ie vit assister, en se frottant les mains, au sac de rArchevêché.

' Les fortifications de Paris, par eiemple.

n THIERS.

creuset où l'or se change en plomb, ou le plomb se change en or. Les paroles sortent de sa bouche comme les chandelles romaines s'échappent des baguettes d'un artificier, follement, en désordre , avec mille écarts ; mais elles rayonnent, étincellent, s'épandent en gerbes lumineuses, en étoiles, en pluie d'azur.

On est séduit, on admire.

Et de tout ce bruit, de tout cet éclat, de toute cette lumière il ne résulte que de la fumée.

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