Galerie des Contemporaint illuitres^ tome I, page
crû lui prêtaient leurs colonnes. Chaque jour il devenait plus habile dans Tari de plier la phrase au sophisme et de pailleter le mensonge pour le faire passer à la faveur d'un éclatant mirage. A l'exemple de ses ancêtres grecs, il soutenait quelquefois, mais entre amis et comme simple essai, des thèses philosophiques ou politiques diamétralement opposées , il plaidait le pour et le contre, passait du noir au blanc, soufflait le chaud, soufflait le froid avec la même adresse et le même bonheur.
En un mot, il4)réparait ce rôle de Bosco parlementaire, que nous l'avons vu jouer si longtemps à la plus grande admiration des niais dont pullule notre belle patrie.
Balzac appelait M. Thiers illustre Gaudissarty et disait qu'il eût fait un commisvoyageur de premier choix.
Le premier tour d'éloquence exécuté par Adolphe mérite une mention spéciale.
Aix possède une académie très-savante.
Cette académie venait de meltfeau concours l'éloge du fameux marf\\\\% à^Nwxs^wax-
gues,dont Voltaire disait : « Nous n'avons fait que glaner après lui dans le champ philosophique ; il est notre maître à tous. « Adolphe Thiers traita le sujet proposé. Il prépara deux copies de son œuvre, en déposa une au sanctuaire académique et se donna la satisfaction de lire la seconde à quelques camarades intimes, qui, dV vance, le proclamèrent vainqueur. Malheureusement le secret de cette lecture fut connu des académiciens royalistes. Ces derniers se liguèrent entré eux pour ne pas couronner l'étudiant révolutionnaire. Les votes furent divisés. On réserva le prix.
L'année d'ensuite, même concours, et même sujet offert par Facadémie provinciale. Thiers dépose tout simplement son factum de Tannée précédente, et les juges déclarent qu'il ne mérite que Taccessit.
Un autre éloge de Vauvenargues, arrivé de Paris, en droite ligne, a obtenu le prix.
On enlève le cachet qui dérobe le nom du lauréat, et les académiciens poussent une exclamation de stupeur* Ils lisent au
bas de ce nouveau discours, dont le mérite a été ju[][é transcendant, la signature d'Adolphe Tliiers. Le petit jacobin les a fait tomber dans un piège : il remporte à la fois le prix et Taccessit. Un éclat de rire olympien ébranle les voûtes de Fenceinte académique, les spectateurs se moquent des juges confondus. Jamais mystification n'a été plus complète. Thiers est porté en triomphe dans les rues de la ville par ces mêmes hommes qui, seize ans plus tard, sous le frivole prétexte que leur illustre compatriote a déserté la cause du libéra* lisme, doivent lui faire expier si cruellement les ovations accordées à sa jeunesse.
Notre panégyriste de Vauvenargues donnait alors de si belles espérances! Tous ses amis le proclamaient grand homme par anticipation, et Dieu sait quel était le nombre de ses amisl II les a perdus tous, a l'exception d'un seul peut-être.
On devine que nous allons nommer M. Mignet, cet historien profond et sérieux qui a grandi dans la solitude et di&xve» V^
trayail. Il a dû souvent recourir à Toubli et au pardon, afin de rester fidèle à son amitié pour l'homme, quand le ministre avait rompu la chaîne de leurs anciens principes et de leurs premières croyances.
L'amour seul n'est pas aflligé d'un bandeau.
Après avoir complété leurs études de jurisprudence et passé leur thèse, Thiers et Mijjnet vinrent ensemble à Paris. Pauvres l'un et l'autre et sans protecteurs, ils ne désespéraient pas néanmoins d'atteindre à la fortune. Relégués au fond du passage Montesquieu, dans une misérable chambre d'hôtel garni située sous les combles, ils eurent de bien mauvais jours, et la faim les visita plus d'une fois dans leur triste réduit. Mignet disait :
— Nous arriverons par la littérature, et il allait tous les malins à la bibliothèque.
Thiers pensait :
— J'arriverai par Hntrigue, et il lisait
ses bottes à courir les rues, interrogeant, furetant, se glissant comme une couleuvre dans les bureaux de rédaction, dans les ministères, dans les couloirs de la chambre, cherchant une porte ouverte, et bien décidé, n'importe comment, à se fauDler quelque part, ou ailleurs. Il écrivit au duc de La Rochefoucauld-Liancourt, un des chefs du parti libéral , une lettre fort adroite, dans laquelle il déploya tout son style. Sous la même enveloppe il eut soin de fourrer ses deux éloges de Vauvenargues, le prix et Taccessit, en expliquant par une note Texcellente mystification dont il avait rendu victimes les académiciens de Provence; puis il alla supplier un des huissiers de la chambre de vouloir bien remettre sa missive au vieux duc.
Or son étoile Tamena juste au jour et à rheur£ où Manuel, interrompu dans sa harangue et pris au collet par les gendarmes, était violemment entraîné hors du palais Bourbon. Thiers, qui venait de donner sa lettre à Thuissier, courut vers l'en-
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droit où il entendait des clameurs. 11 apprit ce dont il s'agissait, yit Manuel passer avec les sbires, s'élança au devant du grand orateur, lui saisit les deux mains et cria coùime un énergumène :
— Vengeance I les représentants sont inviolables ! Malheur à ceux qui déchirent la charte !
— Taisez- vous, dit Manuel; ne vous faites pas emprisonner. Comment vous appelez-vous?
Adolphe lui donna son adresse : a aucune époque de sa vie le petit homme n'a perdu la carte.
— Si vous avez besoin d'une plume dévouée, dit-il, je vous offre la mienne, et je la crois bonne. Nous sommes compatriotes, pensez à moi.
Effectivement Manuel était du département des Basses-Âlpes. Thiers avait fait une excellente journée. Quelques jours après, il pouvait choisir entre une place
de secrétaire intime chez le duc de La Roehefoucauld-Liancourt ou un emploi de rédacteur au Constitutionnel, la feuille la plus puissante d^alors et la plus en vo- ({ue. Il opta pour l'emploi de rédacteur, débuta par des articles critiques sur le Sar Ion de 1822 et par une collection de Mémoires sur l'art dramatique, au nombre desquels on remarque ceux de mistress Bellamy, actrice de Covent-Garden. La presse lui fournissait l'occasion d'exercer sa bonne plume de Tolède. Elle le jetait en plein dans son élément, dans les querelles, dans les luttes de partis, dans le cercle de toutes les discordes politiques , où l'intrépide petit homme ne tarda pas a s'escrimer du bec et des ongles, unguibus et rostro.
Manuel, devenu son protecteur et presque son athi, l'avait recommandé chaudement à Etienne, roi de la rédaction. Celuici chargea Thiers de jouer dans le Constitutionnel le rôle de boute-feu. S'agissaitil d'user la poudre de ropçoft\l\QiW ^^^
porter la mèche aux batteries incessasnment braquées contre le pouvoir, Thiers se disting[uait au premier rang des artilleurs.
Il envoyait chaque matin aux ministres ou aux chambres des articles à mitraille, déployant une audace extrême, et persuadé que tous les boulets ennemis devaient passer au dessus de sa tête. Grâce à ce bombardement quotidien, M. Thiers gagna l'estime des chefs du parti radical.
Casimir Périer, le comte de Flahaut, le baron Louis et le banquier LafEte, brouillés plus ou moins avec le pouvoir, se plaisaient à lui jeter dans les jambes ce Tom Pouce audacieux. Talleyrand lui-même se fît amener Adolphe.
— « Laissez venir à moi les petits enfants 1 » dit le vieux diable diplomatique, habitué a profaner tout, même la parole du Christ.
Il sonda le protégé de Manuel, étudia ses allures, fit jouer les ressorts de cet esprit curieux, en admira le mécanisme.
et résolut de former Thiers à son image.
Développées par un tel maître, les dispositions naturelles de celui-ci pour la ruse et rintrigue devaient atteindre à leurs dernières limites. Il se Gt ouvrir les salons les plus courus, il y obtint un succès d'étincelant bavardage, cachant son ambition sous une apparence de légèreté, couvrant au besoin du large chapeau de Basile son bonnet de jacobin, n'effarouchant personne, grattant Tépaule à tout le monde, questionnant avec (inesse les vieux acteurs du drame de 93 et les moustaches grises de Tempire, admettant toutes les explications, tous les systèmes, provoquant les commentaires, se faisant broderies anecdotes, et recueillant, en un mot, la foule de matériaux indispensables à la fabrication de cette fameuse Histoire de la Révolution Française, qui devait porter au comble sa renommée et sa fortune. En France, il n*est pas rare de voir brûler tout à coup un de ces feux de paille gigantesques, dont les lueurs enveloppent l'uni-
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versalité de Iliorizon, pour mieux s'éteindre ensuite, et replon{;er dans les ténèbres celui qui les allume. Le succès de la Révo^ lutionde M. Tbiers est un de ces feux de paille. Rien de plus éblouissant que son livre; il éclate en étincelles et en paillettes lumineuses; mais prenez garde, c'est un flambeau trompeur qui vous laissera dans les ombres de l'ignorance et du doute. Ce n'est pas le phare dressé sur le rivage pour éclairer l'entrée du port, c'est la lanterne perfide attachée auxcorn»'ôi'\n bœuf par un maraudeur de la côte, afin d'amener le naufrage de toutes les vérités et de toutes les convictions.
« A mesure que l'on s'éclairera sur l'histoire vraie de cette grande époque, a dit M. Barrère, il est impossible que l'ouvrage de M. Thiers ne tombe pas dans un discrédit complet. Lisez son livre avec le Moniteur à côté, et vous serez étonné, tantôt de tant d'ignorance, tantôt de tant d'audace. »
M. Thiers ment aux lecteurs sur toute la li{;ne. Il prend le balancier de l'histoire pour danser sur la corde du roman. Ce nain gracieux fait des tours de voltige admirables. Ses culbutes tous amusent. Il réunit en un seul type Arlequin, Polichinelle et Pierrot; il segrime, il se masque il joue tous les rôles. Regardez! yoici Thiers-Danton, Thiers-Marat, Thiers- Maximilien, Thiers-Barras et Thiers-Bonaparte. La guillotine triomphe, vive la guillotine ! Un conquérant se révèle, vivent les conquêtes! La diplomatie entre en scène et brise Tépée du héros, vive la diplomatie ! Chacun a raison tour à tour; le succès est le roi du monde, et M. Thiers se prosterne. Dansons toujours, ne nous arrêtons pas. Voulez-vous des protocoles?
en voici ; M. Thiers assiste au conseil des rois. Aimez-vous Todeur de la poudre ? il va monter à cheval et commander les légions de César. Désirez-vous descendre dans le ruisseau populaire? il y saute à pieds joints et vous y entraine. M. Thiers
sait tout, comprend tout, explique tout.
Rien ne l'arrête, ni démentis ni contradictions. Il transforme en hommes dePlutarque des monstres politiques ; il excuse le sang, les massacres, la terreur, par un principe ou par un système. En voyant ce petit Poucet détacher les bottes de sept lieues de l'ogre révolutionnaire et courir à grandes enjambées dans l'histoire, doiton pleurer? doit-on rire? On doit rire.
C'est de la bouffonnerie au premier chef.
Dans ses livres et dans ses discours, M. Thiers se plaît constamment à ériger l'ingratitude en vertu d'Elat.Sachant qu'on doit avant tout prêcher d'exemple, il eut soin de combattre la réélection de son protecteur Manuel, sacriGant nous ne savons à quelle coterie haineuse ou à quelle ambition mesquine. Cela parut d'autant plus coupable que Manuel témoignait à son jeune compatriote une amitié à toute épreuve et un dévouement aveugle.
Le National paraît. Armand Carrel et M. Thiers en sont les principaux rédac-
teurs. Tour à tour ils se passent la plume déroocralique, et le plus ardent des deux n'est pas celui qu'on pense;
Nous assistons, plusieurs années durant, à un spectacle inouï. Tliiers, armé d'un marteau de démolisseur, plante l'échelle aux remparts de la légitimité, monte gaillardement et se met à frapper sans repos ni trêve jusqu'à ce que les créneaux soient abattus, les flancs de la muraille ouverts, et qu'une brèche assez large permette au peuple de pénétrer dans le fort et d'y planter son drapeau. L'heure de la révolution sonne, les premiers coups de fusil se font entendre. Thiers descend de Téchelle, s'essuie le front, salue les combattants et va se livrer aux douceurs de la villégiature.
Mais nous ne donnons là que les faits en substance; voici quelques détails. Toute l'opposition, ralliée aulour de la feuille nouvelle, lui prêtait son appui envers et contre tous. Condamnait-on le National à une amende énorme, cette amende était
payée à Tinstant même. Des points les plus é]oi{][nés de la province, les libéraux envoyaient leurs souscriptions à la caisse Laffite, et le journal, après un procès qui devait le tuer, ne s'en portait que mieux.
Les ministres se donnaient au diable, ils perdaient complètement la tête.
— Allez toujours, disait Thiers à ses amis du National. Forcez les Bourbons à rester dans la charte ; fermez la porte, ils sauteront par la fenêtre !
Sous les pas de ces malheureux ministres s'effondrait le terrain ; toutes les branches auxquelles ils essayaient de se retenir se brisaient. Chaque jour, ils roulaient plus avant dans Tabime. Au lieu d'écraser Fennemi, les ordonnances retombèrent lourdement sur eux. Dans la soirée du 26 juillet, un commissaire de police se présente au National pour lui interdire de paraître le lendemain.
— Nous ne céderons qu'à la violence!
dit Thiers en se dressant sur ses ergots.
Le commissaire met son écbarpe, descend a Timprimerie, brise ou fait le simulacre de briser les presses, et disparaît pour ne plus revenir. A la nuit tombante, les machines réparées fonctionnent; la protestation du National est distribuée dans tous les coins de Paris, et les journalistes de l'opposition se rassemblent chez M. Dupin pour consulter ce profond légiste sur la gravité des circonstances. Peu satisfaits de sa réponse, ils le quittent, bien décidés à se passer de lui et à faire prendre les armes au peuple.
— Est-ce que tous allez vous fourrer dans la bagarre? dit à voix basse M. Dupin, retenant Thiers par un bout de Toreille.
— Pour qui me prenez-vous? répond celui-ci, en dégageant son cartilage.
Dupin se plonge dans sa baignoire, et Thiers proGte de la soirée, qui est charmante, pour aller en fiacre souper à Montmorency, au château de madame de
Gourchamp. Notre journaliste y resta trois jours, couché sur les pelouses vertes, humant le frais, se dorlotant comme un vrai sybarite, et se permettant de temps à autre, en fumant un cigare, une légère excursion jusqu'à Neuilly, où il avait quelques connaissances 1. Lorsque la fusillade ne se fit plus entendre, il revint tout courant du côté de Paris, enjamba les barricades, sauta de pavé en pavé, se montra partout, le nez au vent, les lunettes hautes, et cria :
« — J'ai signé la protestation ! Mettre ma signature au bas d'un tel acte, c'était y mettre ma tête I »
— Au fait, pensa le peuple, il n'a pas tort.
— Quel gaillard !
— Est-il intrépide, ce petit bout d'homme !
1. Il les retrouva quelques jours après au Palais- Royal. M*"* Adélaïde daigna présenter elle-même un verre d'eau à M. Thiers, qui faillit étouffer de joie et d'orgueil.
M. Thiers reçut bientôt le prix de son courage : nommé conseiller d'état par le 9 août, il fut en même temps installé aux finances avec le titre de secrétaire général. Le baron Louis se chargea de lui donner le coup d'épaule. Adolphe tient la rampe, laissez-le monter. Bientôt Laffite arrive à la présidence du conseil avec M. Thiers dans sa poche. On fabrique une loi électorale appropriée aux circonstances. Une main se glisse hors de la poche du banquier-président, et ajoute à la loi un modeste paragraphe ainsi conçu :
« Les nouveaux éligibles, âgés de trente ans, sont affranchis de la possession annale. Ceux qui ont atteint quarante ans y restent astreints. »
C'était peu de chose, on n'y prit point garde. Thiers avait trente-trois ans, et les électeurs d'Aix, à l'exception de quelques académiciens rancuniers, lui donnèrent leur vote et le portèrent à la chambre, grâce au paragraphe additionnel.
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Ici commence Thistoire de Mirabeaumouche. Comme le géant son devancier , il veut faire la grosse voix, mais son larynx de pygmée s'y refuse; il se précipite à la tribune pour leur montrer la hure, mais on n'aperçoit qu'un nez de furet; il agite la torche de la guerre, mais elle se transforme dans ses mains en allumette inoffensive. Que devenir? Il faut pourtant qu'on prenne M. Thiers au sérieux. Les finances étaient alors dans le plus grand désarroi. Notre homme se rappelle sa fameuse brochure sur La^ ; tout est sauvé, la chambre écoute ^. Royer-CoUard, après le discours d'Adolphe sur l'amortissement, s'approche de la tribune, reçoit l'orateur dans ses bras, le baise sur les deux joues, et lui dit :
«c — Bien ! très-bien ! Votre fortune commence. »
1. Alfred Nettement dit de M. Thiers : « Il sait tout à la tribune, surtout ce qu'il ignore. C'est le Jules Janin de l'éloquence politique. » Malitoume ajoute : « M. Thiers, c'est M. de la Palisse, ayant le courage de ses opinions. «
Le chef des doctrinaires ne se trompait pas. Tliiers comprenait le mieux du monde qu'en essayant d'enrayer un char on risque d*étrc écrasé sous la roue. Foin des principes ! Messieurs du National^ nous avons Tlionneur de vous tirer notre salut I Et le voilà qui tourne le dos à Laffite et tend les deux mains k Casimir Périer. On crie à la trahison ; M. Thiers s'en moque; on le menace de toutes les foudres de la presse, il pirouette sur ses talons et fait une pétarade.
ft S'il arrive, dit Cormenin, que, dans une monarchie, un homme né de peu, mais avec du talent, ait reçu une éducation plus lettrée que morale, et que, porté sur les bras de la^fortune , il ait {][ravi au sommet du pouvoir, son élévation lui tournera bientôt la tête. Comme il se trouve isolé sur les hauteurs où il est parvenu , et qu'il ne sait où s'appuyer , n'ayant ni considération propre, ni entourage, n'étant plus et ne voulant plus
être peuple, et ne pouvant être, quoi qu'il veuille et quoi qu'il lasse, noble et grand seigneur, il se mettra après les chausses de son roi, il les lui pressera, il les lui léchera, et il ne saura par quelles contorsions de servitude, par quelles caresses de supplications, par quelles simulations de dévouement, par quelles génuflexions , par quels baise-pieds lui témoigner Thumilité et le terre-à-terre de son adoration i. Les personnages de cette espèce sont comme ces prédestinés de la géhenne qui ont fait un pacte avec le diable. Ils sont marqués de son ongle, et s'ils veulent détournei^la tête, rompre un anneau de leur chaîne, faire \m pas, le maître infernal à qui leur corps s'est livré, à qui leur âme s'est vendue, leur crie : Tu es à moi ! M. Thiers parle continuellement de son honnêteté : nous demanderons ce
1. Thiers était, en effet, continuellement à genoux devant Louis- Philippe; mais en arrièie il se moquait du roi et le nommait papa d'Oliban. Qotmenin ignorait ce détail.
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que cela veut dire; de sa franchise : nous demanderons ce^que cela veut dire; de son^mépris des grandeurs : nous demanderons ce que cela veut dire; de son amour pour la révolution de juillet : nous demanderons encore ce que cela veut dire. Il est sans figure, sans tiiille et sans grâce; il ressemble à ces petits perruquiers du Midi qui vont, de porto en porte, offrir leur savonnette. Il a dans son babil quelque chose du gamin. Sa voix nasillarde déchire Toreille. Le marbre de la tribune lui va à Tépaule et le dérobe presque è son auditoire. Disgrâces physiques, défiance de ses ennemis et de ses amis, il a tout contre lui.
X Sa polémique n'est pas très-acerbe , pa.;ce qu'il est sans foi politique. Il se moque de toutes les théories , et il n'y a guère pour lui de bien et de mal, de vrai et de faux. Il aime la possession du pouvoir, non pas pour ce que le pouvoir est en lui-même, mais pour le bien-être