‹ Thomas Bartlett en FranceChapitre 1 sur 15 · DE L’EFFORT BRITANNIQUE · texte numérisé non relu

DE L’EFFORT BRITANNIQUE

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jt^omment les Anglais font la guerre , on le voit ; com ment ils s’ g sont préparés , on le saura peu à peu ; comment ils g sont venus , le saura- t- on jamais en France ?

Ceux qui , civils ou militaires, ont parcouru les lignes 7 anglaises, ont visité les camps, admiré l’artillerie et l’ aviation des armées en France, qui ont assisté à l’étonnant spectacle d’une a base » britannique ; ceux qui, officiers de liaison, interprètes ou journalistes accrédités auprès du grand quartier général de Sir Douglas Haig7 ont vu r infanterie en kaki bondir de ses tranchées et se lancer à l’assaut ; ceux qui, habitants et marchands des régions où ils sont cantonnés, ont pu suivre les moeurs simples et

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douces de ces soldais qui paien t ce qu’ils veulent au prix qu'on veut ; ceux qui ont fait le compte de leurs milliards , de leurs effectifs et de leurs bateaux , construits ou coulés , qui ont compulsé les chiffres d' accroissement de leur production de guerre et qui, en touristes d'une heure, ont jeté les yeux sur Sheffield, où l'on fait des canons, et Glascow, où l'on fait des navires ; ceux qui les ont méconnus puis découverts, débinés et exaltés ; tous ceux qui nous ont fatigués du « gigantesque effort de V Angleterre » ou de V « indomptable ténacité britannique », — tous ceux-là n'ont meme pas le soupçon, sans doute, de ce que fut, en réalité, cet effort. Le plus beau, c’est toujours ce qu'on ne voit pas, et le meilleur, on n'en parle point. La destinée d'un peuple, dont la guerre fixera le sort , dépend pourtant de lui-même, et ces Anglais qui se battent si bien chez nous, c'est peut-être chez eux qu'ils auront été le plus grands.

A la date du 5 mai igib, 108 bataillons d' infanterie de l'une des armées britanniques avaient envoyé à une école d'Artois chacun un officier et un sous-officier. Le jeudi matin, fi mai, à g heures, les 108 officiers élèves, comprenant 2 commandants ou majors, environ 80 capitaines et une vingtaine de lieutenants et sous-lieutenants, étaient réunis, pour l'inspection du commandant de l’école ; ces officiers étaient armés du fusil comme de simples soldats. On leur fit faire la manœuvre sous le commandement d'un sous-officier instructeur, qui leur criait : « As y ou were ! » avec la même violence que nos

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caporaux à des recrues : « Au temps! » pour leur faire recommencer le mouvement jusquà ce que lui , le sousofficier, fût satisfait par la manœuvre de ses supérieurs. Ensuite , sans plus de considérations des galons, on enseigna aux officiers le salut, avec ou sans armes , la façon de se présenter à un chef de marcher au pas, de se tenir dans le rang. Ces majors et capitaines, on les remettait à l’école du soldat : la guerre, on la reprenait par le principe : image de l’ Angleterre entière, — cette immense recrue ci qui il fallut apprendre d’abord quelle allait se battre.

Qu’on ne s’attende donc pas à trouver en ces notes rapides, une fois de plus, une peinture militaire ni des récits de guerre, mais une aventure spirituelle et l’esquisse d’une péripétie morale telle que l’humanité n’en avait pas encore fourni d’exemple. On sait en quoi consiste, au front, la liaison des armes : c’est le problème même de la tactique moderne. Dans l’immense effort des peuples dressés contre l’ Allemagne, une autre liaison, à l’arrière, n’est pas moins essentielle : la liaison des âmes. Que la guerre dévastatrice soit au moins féconde en fraternité ! Puisque les nations, plus encore que les individus , ont tant de peine à se connaître, que celles qui mêlent leur sang sur une même terre profitent bien d’une si coûteuse occasion de se découvrir et de s’aimer!

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