‹ Thomas Bartlett en FranceChapitre 2 sur 15 · SAVAIT DU MONDE · texte numérisé non relu

SAVAIT DU MONDE

L’histoire morale d’un jeune Français, tel que ceux qui sont morts pour nous, est simple : il a défendu son pays.

Celle d’un jeune Anglais, tel que ceux qui tombent en Artois et dans les' Flandres, est compliquée : il est venu défendre ce qu’il ne connaissait pas contre ce qu’il ignorait.

Tout Anglais cultivé, en effet, s’il ne la sait par cœur, porte en lui comme un instinct le souvenir de la phrase, si tendre, de Shakespeare, sur sa dédaigneuse patrie :

« Cette lie royale, cette forteresse construite par la nature et par elle-même contre la souillure et la main de la guerre, cette race heureuse d’hommes, ce petit univers, cette pierre précieuse enchâssée dans la mer

d’argent qui la sert comme un rempart contre l’envie des contrées moins heureuses, ce clos béni, cette terre, cette Angleterre renommée pour son service chrétien et sa vraie chevalerie ! » ,

Chacun des mots qui chantent dans ce rythme admirable figure un des caractères du génie britannique, comme si Shakespeare avait entrepris, avec ces matériaux, de façonner lui-même l’âme de sa patrie. Du plus lointain de son histoire, la Grande-Bretagne a fondé son idéal sur les richesses de son sous-sol. Elle a possédé la poésie et le commerce, le rêve et l’action : de tout temps, elle a harmonisé ces contrariétés dans l’activité de ses navigateurs qui, à la hardiesse de leurs entreprises, mêlaient les songeries du large. Depuis qu’elle est une nation, l’Angleterre a joui du plus précieux bienfait que puisse goûter une nation, la sécurité. C’est pourquoi, dans cet isolement, elle a pu se consacrer au travail, à la liberté, au confort et aux jeux de la paix. C’est la crainte

du péril extérieur qui fait tyranniques les Etats et les gouvernements : l’Angleterre n’a jamais cessé, chez elle, de réduire l’État et d’affaiblir le gouvernement. Elle n’a pas voulu d’une armée qui n’eût été qu’une police; elle a repoussé toutes les contraintes collectives et toutes les disciplines imposées ; elle y a préféré, avec l’indépendance personnelle, la tenue sociale et la vertu religieuse. Rien de plus semblable entre eux que ces libres citoyens.

En les protégeant contre la force, la « mer d’argent »

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