‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 104 sur 206 · II, X · texte numérisé non relu

II, X

débraillé et un peu échauffé par le vin, parlant le langage de l'office plutôt que celui des ruelles; Bélise faisant la délicate et l'effarouchée, mais écoutant pourtant des deux oreilles, trop doucement chatouillée dans sa vanité pour s'offenser véritablement de la grossièreté d'un tel hommage.

Nous arrivons aux deux comédies de Thomas Corneille qui eurent le succès le plus bruyant : Don Bertrand de Cigarral et le Geôlier de soi-même. Elles furent composées, l'une en 1650, l'autre en 1655, dans le temps où le genre burlesque, mis à la mode par Scarron, était en pleine faveur. Les bouffonneries du Ma /Ire Valet et des Trois Dorothées avaient forcé le rire des plus austères. De plus, Thomas avait sous la main un acteur merveilleusement propre à interpréter ces grosses charges : c'était le célèbre Julien Lespy, qui avait paru si plaisant dans le rôle de Jodelet que le nom du personnage lui était resté. Il n'avait qu'à paraître en scène pour mettre tout le monde en gaîté ; sa face enfarinée, son air ahuri et son nasillement étaient, parait-il, d'un comique irrésistible. Thomas Corneille ne pouvait laisser passer l'occasion d'exploiter à son profit la vogue de cet étonnant bouffon. Mille détails de Don Bertrand et du Geôlier montrent bien que les deux pièces ont été faites pour lui. Il n'y a dans l'une et dans l'autre qu'un seul rôle, qui est le sien, et tout le long de ces deux rôles on voit reparaître les procédés de comique un peu grossier dont Jodelet s'était fait une spécialité ; tantôt ce sont des allusions à la personne même du comédien : au surnom de marquis que le parterre lui avait donné \ à la pâleur de

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