Mercure galant, janvier 1710, j
d'autre mérite que d'avoir traité un sujet nouveau et que, devançant sur son propre ouvrage le jugement de l'âge suivant, il expliquait un triomphe si peu attendu par « l'injuste caprice » du public qui ne sait point toujours distinguer « les faux brillants des véritables beautés ' ».
Par un effet de cet « injuste caprice », la tragédie de Bérénice, jouée l'année suivante au Marais, ne réussit qu'à moitié : elle était pourtant aussi romanesque que Timocrate, étant tirée presque tout entière d'une histoire du Grand Cyrus ; mais l'intrigue en était assez simple et assez claire, et c'est pourquoi l'ouvrage parut languissant.
En 1658, Thomas semble vouloir s'éloigner du
1. Dans l'édition des Œuvres complètes de Pierre Corneille publiée par M. Marty-Laveaux (t. X, p. 359 et 360), on trouvera deux Sonnets pour Timocralc : « Ces deux sonnets, dit l'éditeur, se trouvent dans les Muscs illustres de MM. Malherbe, Théophile et C'°, publiées par François Colletet, Paris, 1658, in-12. Ils sont anonymes dans ce recueil, mais on lit à la table : Deux sonnets pour Timoeratc. — Corneille. M. Paul Lacroix les attribue à Pierre ; nous les croyons plutôt de Thomas. » Nous pensons, avec M. Marty-Laveaux, que ces deux pièces médiocres ne sont pas du Grand Corneille, quoique tel ou tel vers rappelle un peu sa manière; mais ce que nous pouvons bien assurer c'est qu'elles ne sont pas de Thomas. Dans l'une, Timoeratc est qualifié de grand, dans l'autre de chef-d'œuvre : le jeune Corneille n'était point homme à célébrer si sottement la gloire de son propre ouvrage; on peut dire, et on le voit justement par la Dédicace, qu'il était toujours porté à se rabaisser. Ce n'est certes point lui qui se serait jamais écrié :
Je sais ce que je vaux et crois ce qu'on m'en dit.
La mention : Corneille, qui a été relevée dans la table des Muses illustres, peut très aisément s'expliquer par une erreur du copiste ou de l'imprimeur qui aura mal lu le titre : Sonnets pour le Timocrale de M. Corneille. Ces deux morceaux ont bien l'air d'être sortis de quelque ruelle : l'un {Endijmion est mort....) est d'un goût précieux tout à fait détestable; l'auteur de l'autre (Déplorables jaloux....) paraît avoir été à la fois un critique peu éclairé et un ami maladroit, puisqu'il semble convenir que Timoeratc est fait de morceaux de Don Sanchc, de Pompée, de Nicomède et à' Horace. On verra plus loin qu'au contraire Timoeratc est la moins cornélienne des tragédies de Thomas.
roman et s'essayer, à la suite de son frère, clans la tragédie historique. La Mort de Commode, représentée encore sur la scène du Marais, reçoit de grands applaudissements. Le roi et la cour se dérangent pour l'aller voir, comme ils avaient fait pour Timocrate et, quelque temps après, ils font jouer la pièce au Louvre, et à plusieurs reprises '. En 1659, Darius, tragédie fort médiocre, réussit passablement, mieux que l'auteur n'avait osé l'espérer. L'avant promise aux comédiens pour le commencement de l'hiver, il écrivait le 20 juillet 2 : « J'ai fait deux actes d'une pièce dont je ne suis pas trop satisfait ; mais il est trop tard pour prendre un autre dessein ». La phrase n'est-elle pas bien significative? Pouvait-il jamais être inquiété par cet éternel souci du mieux, dont les vrais artistes sont possédés, ce poète qui, dès la jeunesse, s'était ainsi asservi aux exigences du métier et dont la première préoccupation était déjà d'arriver à temps?
Les quatre lettres à l'abbé de Pure 3 (les seules lettres de Thomas qui aient été imprimées jusqu'à ce jour) sont toutes de cette époque. L'abbé était alors au plus haut de sa réputation, et son roman de la Précieuse venait de le faire connaître dans presque toute la France; la liaison du jeune Corneille avec un homme qui faisait la loi dans les ruelles nous montre une fois de plus dans quels termes il était avec le monde des beaux esprits *.