ISABELLE
O ciel! puis-je souffrir un si sanglant outrage? Tu viens donc me braver, pour assouvir ta rage? Et, le frère tué, ton cœur, ton lâche cœur, Croirait avoir peu fait s'il épargnait la sœur?
JODELET
Si vous n'avez jamais l'accueil plus amiable, Vous êtes animal assez insociable
ISAISELLE
De quel front oses-tu, traître?...
JODEUET
Et de quelle bouche Osez-vous exhaler une humeur si farouche, Pétulante femelle 2?
1. Cette répartie fut jugée extrêmement plaisante. Même an siècle suivant, elle était dans tontes les mémoires. L'anecdote suivante en fait foi : Un soir qu'on jouait Argélie, tragédie de l'abbé Abeille, comme une actrice venait de dire à une autre :
Ma sœur, vous souvient-il du feu roi, notre père? et que celle-ci cherchait trop longtemps sa réponse, un plaisant déclama pompeusement le vers de Jodelet :
Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère!
{Observations sur l'Artdu Comédien, par Dhaunetaire, 1775, p. 161.)
■1. III, m.
On voit qu'il ne fait pas bon fâcher Jodelet : il oublie vite sa dignité de commande et reprend son langage de tous les jours pour dire aux princesses qu'elles ne lui font pas peur. Il ne tarde pas d'ailleurs à se calmer et, comme la discussion l'a un peu altéré, il oublie « en s'humectant V humide radical » toutes les injures de son ennemie.
Il est encore à table, gourmandant son intendant qui ne le sert pas assez vite, quand il voit entrer dans sa chambre la princesse Laure, fille du roideNaples. Cette princesse a toujours aimé Fédéric, elle l'aime davantage encore depuis qu'il a combattu et vaincu dans le tournoi; elle veut à toute force le tirer du danger qu'il court : comme il s'agit avant tout d'enfoncer de plus en plus Jodelet dans son erreur, elle vient à son tour s'incliner devant sa principauté. Et Jodelet de puiser de nouveau dans son arsenal de o-entillesses :
Vous visitez un prince Dont le cœur n'est couvert que d'une peau bien mince; Pour peu que vos regards puissent l'égratigner, C'est un cœur pantelant que vous ferez saigner.