‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 126 sur 206 · Mercure de mars 1683, p · texte numérisé non relu

Mercure de mars 1683, p

vieille robe de médecin. Dans la comédie en vers, nos deux hommes ainsi équipés font la rencontre d'une jeune fille qui cherche dans le bois des simples pour sa tante malade : la jeune fille, qui s'appelle Léonor, leur confesse que cette tante est très dure pour elle, qu'elle la menace et la maltraite tous les jours pour la faire entrer au couvent.

« Et pourquoi? » lui demande Don Juan :

LEONOR

A cause de ma sœur qu'on aime plus que moi : On la mariera mieux quand on n'aura plus qu'elle.

DON JUAN

Vous êtes pour cela trop aimable et trop belle. Non, je ne puis souffrir cet excès de rigueur, Et, dès demain, pour faire enrager votre sœur, Je veux vous épouser. En serez-vous contente?

LÉONOR

Hé! mon Dieu, n'allez pas en rien dire à ma tante : Sitôt que du couvent elle voit que je ris, Deux soufflets me sont sûrs, et ce serait bien pis Si vous alliez pour moi parler de mariage.

DON JUAN

lié bien! marions-nous en secret : je m'engage, Puisqu'elle vous maltraite, à vous mettre en état De ne rien craindre d'elle

SGANARELLE

Et par un bon contrat :

Ce n'est point à demi que monsieur fait les cboses!

DON JUAN

J'avais pour fuir l'hymen d'assez pressantes causes; Mais, pour vous faire entrer au couvent malgré vous, Savoir qu'à la menace on ajoute les coups! C'est un acte inhumain dont je me rends coupable Si je ne vous épouse!

SGANARELLE

Il est fort charitable!

Voyez! Se marier pour vous uter l'ennui D'être religieuse! Attendez tout de lui.

LLONOR

Si j'osais m'assurer....

SGANARELLE

C'est une bagatelle Que ce qu'il vous promet. Sa bonté naturelle Va si loin, qu'il promet, pour faire trêve aux coups, D'épouser, s'il le faut, votre tante avec vous ll

La tante arrive sur ces entrefaites : elle reproche violemment à sa nièce d'oser ainsi parler avec des hommes et veut la ramener che'z elle : mais Sffanarelle

s'interpose et offre à la vieille de la guérir de l'asthme qui la fait souffrir. « Hélas! » répond-elle, en regardant non sans respect la robe de médecin que porte Sganarelle,

... Là-dessus j'ai vu les plus habiles. Leurs remèdes me sont remèdes inutiles.

SGANARELLE

Je le crois. La plupart des pius grands médecins Ne sont bons qu'à venir visiter les bassins ; Mais pour moi, qui vais droit au souverain dictame, Je guéris tous les maux, et je voudrais, madame, Que votre asthme vous tînt du haut jusques en bas : Trois jours mon cataplasme, il n'y paraîtrait pas!

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