‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 131 sur 206 · Mémoires de Louis Racine, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Louis Racine, p

littéraires de la haute bourgeoisie, les femmes qui toutes se sentaient plus ou moins atteintes s'agitaient, formaient des cabales \ Les protestations furent si nombreuses et si vives que, malgré les encouragements de Racine, Boileau en vint à croire qu'il avait fait un mauvais ouvrage. Arnauld essaya vainement de le défendre dans sa fameuse lettre à Perrault : le mouvement était si fort que les amis du grand janséniste le supplièrent de retirer cette lettre, craignant qu'il ne se compromît trop en faisant cause commune avec Despréaux. Il n'est pas jusqu'à Bossuet qui ne prit parti en cette affaire : il confia à Dodart qu'il considérait la satire en général comme incompatible avec la religion chrétienne et que la Satire X lui paraissait particulièrement contraire aux bonnes moeurs '. Quant à Perrault, content de s'assurer tout à fait de puissants auxiliaires et de faire profiter les Modernes de l'impopularité de leur principal adversaire, il se fit adroitement le champion du beau sexe et publia, en 1694, une Apologie des Femmes, où il essaya de mettre du baume sur leurs blessures. Presque dans le même temps, Regnard, qui commençait seulement à se faire jour, répondit, lui aussi, à Boileau par une S a (ire contre les Maris. Enfin les comédiens italiens jouèrent, au printemps de 1694, une pièce intitulée : le Défenseur des Dames, qui eut plus de trente représentations 3.

1. Le premier résultat de ces cabales fut l'élection à l'Académie de M. de Saint-Aulaire, que les dames firent nommer contre un certain M. de Mimeure, candidat de Boileau. (Cf. Lettres de Boileau, éd. Berryat Saint-Prix, p. 124 et 126.)

2. 11 confirma plus tard ce jugement dans son Traité de ta concupiscence : « Celui-là, disait-il, désignant clairement Boileau, celui-là s'est mis dans l'esprit de blâmer les femmes. Il ne se met point en peine s'il condamne le mariage et s'il en éloigne ceux à qui il a été donné comme un remède, etc. » (Chap. xvin).

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