Cf. le Mercure galant de mars 1695 et de février
3. Les frères Parfaict, qui ne brillent pourtant point par la finesse de leur critique, avaient eux-mêmes remarqué qu'il y avait bien de la différence « entre le style de cette pièce et celui des précédentes de M. De Visé ». (Hist. du Th. Fr., XIII, p. 394.) Comme ils croyaient,
giné le sujet, qu'il ait ébauché le plan et même rédigé une sorte de canevas assez détaillé, cela n'a rien d'impossible : mais la rédaction définitive est sûrement de Corneille, qui savait écrire, quand il en voulait bien prendre la peine, et auquel il semble que la prose ait toujours mieux réussi que les vers.
L'origine même de cette comédie est intéressante. Comment Thomas et De Visé s'étaient engagés dans la
querelle des Anciens et des Modernes, comment ils avaient pris parti pour Perrault contre Boileau, c'est ce que nous avons dit en son lieu. Les deux rédacteurs du Mercure n'attendaient qu'une occasion d'être désagréables à l'ami de La Bruyère : elle ne se fit pas longtemps attendre.
La Satire contre les Femmes parut en 1692. On sait quelles tempêtes souleva cet ouvrage. La plupart des femmes s'étaient déjà déclarées pour Perrault; cette violente et maladroite ' critique, venant d'un homme ii l'égard duquel elles étaient déjà mal disposées, acheva de les exaspérer. La satire se vendit beaucoup : le libraire avoua plus tard qu'il en avait tiré plus de 2000 écus. « [Niais, dit Louis Racine, tandis que If libraire était content, l'auteur se désespérait 2. » Dans tous les salons du grand monde, dans tous les cercles
sur la foi de De Visé lui-même, que la pièce était de lui seul, ils avaient quelque peine à s'expliquer un si merveilleux progrès. Us n'auraient plus conservé d'illusion s'ils avaient lu l'Aventurier, «pic De Visé tout seul composa en 1696, un an après les Dames vengées^ et qui tomba misérablement.
1. Boileau connaissait mal les femmes : « Il ne les connaissait pour ainsi dire, que littérairement et de seconde main, d'après Juvénal. Il ignorait qu'on ne les corrige guère qu'en les flattant, cl qu'un madrigal a plus de prise qu'une satire sur ces esprits délicats, dont le goût est incertain, l'humeur ombrageuse et qu'il faut apprivoiser par la douceur. » (Rigault, Histoire de la querelle des Anciens et des Modernes, p. 258.)