‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 153 sur 206 · CHANSON DE LA REINE DE TRÈFLE · texte numérisé non relu

CHANSON DE LA REINE DE TRÈFLE

0 mon cher Alexandre, Mon époux et mon roi, Vous ne pouvez attendre Un amour plus fidèle et plus tendre Qu'on le trouve en moi.

S'il est dans la jeunesse Certains enjouements Tous charmants, La savante vieillesse A ses agréments.

Après ces deux chansons, les quatre rois, prenant les quatre dames par la main, figurent ensemble. Ils forment ensemble quatre tierces, les valets allant devant, puis trois quatorze. Ensuite ils font leur figure deux a deux, tous les rouges d'un côté et les noirs de l'autre, puis ils se mêlent tous douze ensemble sans se tenir — »

L'évocation de ces personnages solennels, aux traits immobiles, impénétrables comme le destin : les rois

barbus, portant haut le sceptre ou l'épée, les valets gracieux et futiles, les James traînant après elles d'un pas rythmé les plis raiclcs et lourds de leurs robes de cérémonie, calmes et sereines avec leur regard froid et leur front pur, indifférentes aux biens et aux maux qu'elles sèment sur leur route; cette danse sérieuse et comme fatale, ces croisements, ces combinaisons qui se forment, sous les yeux de la Fortune, de l'Espérance et de la Nuit, n'est-ce pas là en vérité un spectacle étrange et bien propre à faire rêver nos modernes amoureux de symboles ?

Je crains bien que le bon Thomas Corneille n'ait pas songé à ce qu'il pouvait y avoir de philosophique dans une telle allégorie : la chanson quelque peu gaillarde de la dame de trèfle, cette paume, ce billard, qui portent les queues des robes, dépoétisent singulièrement le tableau. Il est bien probable que ce ballet n'avait d'autre but que de réjouir les veux par la diversité des costumes, le contraste des couleurs vives, et de rappeler plaisamment leur passe-temps favori aux joueurs de cartes, qui étaient en ce temps plus nombreux qu'en aucun autre, le jeu avant alors tout envahi, et la ville et la cour, et même la chambre du roi '.

Au cinquième acte, nouveau spectacle, plus riche encore : on voit sur la scène un Tournoi à pied, ou combat de barrière, qui est donné « à l'avantage des dames » de là le titre de la pièce). Ce combat très exactement reconstitué, d'après le traité du père Ménétrier, est fort long et le livre de sujet en décrit les détails avec un soin méticuleux -.

1. Est-il utile do faire remarquer que plus d'une fois, en ce siècle, ce ballet des jeux a été copié dans les féeries? Cf. par exemple les

Pommes /l'or de M. Ami mi.

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