‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 168 sur 206 · IV, i · texte numérisé non relu

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si, pour finir, elle n'éclatait pas de rire au nez de sa dupe, et la femme d'intrigue qui secourt les jolies filles dans l'embarras, et le gros financier, bon oiseau à plumer, victime toujours prête, comme cela sent déjà son xvmc siècle! Et pourtant la Devineresse est de 1679 : Dancourt n'a pas encore paru, Lesage est encore un enfant, et il n'y a que six ans que Molière est mort.

Quand je relis le fameux passage de F Impromptu de Versailles : « Va, va, marquis, Molière aura toujours plus de sujets qu'il n'en voudra, et tout ce qu'il a touché jusqu'ici n'est rien que bagatelle au prix de ce qui lui reste », et que de ce passage je rapproche les scènes des Amants magnipques où se trouve ébauchée la figure du devin Anaxarque, je ne puis m'empêcher de penser que Molière eut peut-être traité, s'il eut vécu plus longtemps, ce sujet de la Devineresse. Ce qu'il en eût fait, cela est facile à imaginer, et comme ce lui eût été une bonne occasion de mettre à nu quelques-uns de ces ridicules qui se déguisent en public, mais qui, dans le secret du cabinet, en présence du magicien qui va exaucer tous leurs vanix, se déshabillent si proprement. Comme il eut aussi marqué en traits saisissants, lui, le disciple de Gassendi que le merveilleux ne séduisait guère \ cette inguérissable

1. Écoutez ce que dit, dans les Amants magnifiques, Sostrate qui semble bien être l'Ariste de la pièce : « Transformer tout en or, faire vivre éternellement, guérir par des paroles, se faire aimer de qui l'on veut, savoir tous les secrets de l'avenir, commander aux démons,... tout cela est ebarmant, sans doute, et il y a des gens qui n'ont aucune peine à en comprendre la possibilité;... mais pour moi, je vous avoue que mon esprit grossier a quelque peine à le comprendre et à le croire, et j'ai toujours trouvé cela trop beau pour être véritable....

IPIIICRATE

Si vous ne comprenez pas les choses, au moins les pouvez-vous croire sur ce qu'on en voit tous les jours.

LES PIÈCF.S A MACHINES. »1<J

faiblesse de notre nature, cette foi obstinée dans l'irraisonnable et le surnaturel, qui a fait la fortune Je tant d'astrologues et de charlatans et qui pousse aujourd'hui encore pas mal d'esprits qui s'estiment Torts chez la tireuse de cartes et chez la somnambule!

Thomas Corneille, hélas! ne connaît pas trop l'art d'« entrer dans le ridicule des hommes », il s'en tient aux défauts les plus superficiels; ses personnages ne sont point comiques par le seul fait qu'ils se révèlent tels qu'ils sont : ils ne sont plaisants que par occasion. Sachons-lui gré toutefois d'avoir jeté quelques fines études, quelques spirituels croquis dans une comédie où de nombreuses et frappantes allusions, un spectacle nouveau et fait pour surprendre, pouvaient paraître déjà des agréments suffisants.

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