Qui est aujourd'hui le palais des Archives nationales
5. « Je n'oublierai jamais l'honneur que je reçus dans le comman-
avait dédié Timocrate, celui de ses ouvrages qui avait le mieux réussi, celui dont on devait être le plus glorieux de recevoir l'hommage.
Du reste, si Corneille le jeune fut reçu à l'hôtel de Guise, il n'y put pas demeurer longtemps : deux ans après, la mort du duc le vint obliger de chercher un autre domicile. Se logca-t-il avec Pierre dans la rue des Deux-Portes, on l'ignore ; en tout cas, en 1679, on retrouve les deux frères dans la même maison, rue de Clérv !, et on a des raisons de croire qu'ils y étaient déjà depuis cinq ou six ans au moins. C'était sans doute dans cette maison de la rue de Cléry que leurs appartements communiquaient par une trappe 2. On connaît la fameuse anecdote, racontée pour la première fois par Voisenon 3, et qui a été fort embellie depuis : « Ils logeaient ensemble, Thomas travaillait bien plus facilement que Pierre et, quand celui-ci cherchait une rime, il levait une trappe et la demandait à Thomas, qui la donnait aussitôt ». Ce récit, dont on a contesté l'authenticité, nous paraît assez vraisemblable. A mesure qu'il avançait en Age, Pierre avait le travail de plus en plus difficile : on sait quelle peine lui avait coûtée par exemple le cinquième acte d'Othon *; il était tout naturel qu'il eût cherché un moyen de
dément que vous me fites de vous faire la lecture de cet ouvrage long-temps avant qu'il fut représenté. » (Dédicace de Timocrate au duc de Guise.)
1. Procuration donnée le 23 mars 1079 par Pierre et Thomas Corneille, citée par M. Marty-Laveaux.
"'. M. Bouquet (Points obscurs..., p. l'J3i a fait remarquer qu'à Rouen la chose n'était guère possible, puisque, dans la rue de la Pic, les deux Corneille occupaient deux maisons distinctes.
3. Voisenon, Œuvres, t. IV. p. :',."> [Anecdotes littéraires).
k. Une note des manuscrits de Tralage (venus de l'abbaye de Saint- Victor à la bibliothèque de l'Arsenal) dit : « M. de Corneille a refait jusqu'à trois fois le cinquième acte de la tragédie à! O thon. Cet acte lui coûtait plus de 1 200 vers, à ce qu'il disait, tant il avait de peine à se contenter. »
3't THOMAS ÇORNKILLE.
communiquer facilement avec son frère qui était, tous les témoignages nous l'attestent, « un vrai dictionnaire poétique français, soit pour la construction du vers, soit pour la rime ' ».
Les deux frères ne se séparèrent qu'après 1681. Pierre alla habiter alors rue d'Argenteuil, et Thomas s'installa tout à côté, dans la rue du CIos-Georgeot.
Pendant les trois premières années de son séjour à Paris, le jeune Corneille ne donna rien au théâtre, et cette interruption peut s'expliquer par les graves soucis qui lui vinrent dans ce temps-là.
Depuis plusieurs années, le pouvoir se préoccupait du tort qu'avaient fait au fisc les lettres de noblesse qu'on avait accordées en trop grand nombre dans la première moitié du siècle. En janvier 1654, on avait poursuivi les usurpateurs de noblesse. Le 8 février 1661 et le 22 juin 1664, on avait prescrit de nouvelles recherches des faux gentilshommes. Enfin, en août et septembre 1664, le roi se décida à prendre une mesure plus violente et moins légitime : il supprima toutes les lettres de noblesse accordées depuis trente-quatre ans en Normandie, et depuis trente ans dans le ressort de la cour des Aides de Paris.
Les deux Corneille, dont le père n'avait été anobli qu'en 1637, se trouvaient donc dépouillés d'un titre qui leur était précieux non seulement à cause de l'honneur qui leur en revenait, mais aussi à cause des immunités et des privilèges qui y étaient attachés. Pierre Corneille, on le sait, réclama immédiatement contre la mesure qui le frappait et adressa au roi un sonnet très beau et très digne, où il lui demandait de ne pas lui reprendre « le seul don que so?i père lui eût