CHAPITRE I
TIMOCRATE — BERENICE — DARIUS — PYRRHUS — PERSEE ET DÉMÉTRIUS — ANTIOCHUS — THEODAT — BRADAMANTE
Le roman prend possession du théâtre. — Analyse de Timocrate; causes de son succès prodigieux. — Une tragédie toute faite : l'histoire de Sésostris et de Timarcte dans le Grand Cyrus, et la Bérénice de Th. Corneille. — L'esprit précieux dans Bérénice. — Comment toutes les tragédies romanesques se ressemblent : invraisemblance des situations et de l'intrigue; les substitutions d'enfants et les reconnaissances; les mutins du cinquième acte. Les personnages : la princesse, l'amant, le roi, le sujet fidèle, le criminel d'amour. — L'idéal cornélien rabaissé : l'héroïsme devenu monnaie courante. — Destinées de la tragédie romanesque. — Ce qui en est sorti.
Vers 1656, au moment où Thomas Corneille songea à s'essayer dans la tragédie, a la cour de France était devenue le modèle de la galanterie i » ; les commerces de petits vers, les discussions de morale amoureuse faisaient le divertissement de la belle société ; l'esprit précieux avait déjà gagné la bourgeoisie. Dans la France entière on lisait avec passion les romans de Mlle de Scudéry, de La Calprenècle et de Gomberville ; tout en plaisait, et la singularité des aventures et l'invraisemblance des caractères; on trouvait là, comme dans les chefs-d'œuvre de Pierre Corneille, de belles