Histoire de la Littérature française, t. II. j
comme Antiochus, cela sans doute lui était bien permis. Mais, ce qui était moins pardonnable, Thomas Corneille ne s'était point fait scrupule de défigurer des personnages de l'histoire ou de la légende, dont la physionomie était cependant bien fixée. On a souvent reproché à Racine d'avoir montré dans son Iphigénie un Achille trop doucereux : que dirait-on de l'Achille de notre poète ', galant insupportable, très fat et très inconstant, qui paraît n'avoir d'autre souci que de passer sans cesse de la brune a la blonde et qui s'entend mieux que personne à se délivrer des femmes qui l'aiment trop! La veille de sa mort, il est encore tout occupé à donner son congé à une vieille maîtresse, qui est Briséis, pour faire place à une nouvelle conquête, qui est Polyxène, fille de Priam! Que devient Y Iliade en cette affaire? — Que devient l'histoire dans ThèodaÛ Vers le milieu du vie siècle, Théodat, neveu de Théodoric, était devenu roi des Ostrogoths, alors établis en Italie : il avait été élevé au trône par la faveur d'Amalasonte, mère du dernier roi. Pour se débarrasser de cette vieille princesse, qu'il avait d'ailleurs épousée, il la relégua dans une île et la fit plus tard étrangler : ce fut un monarque brutal, débauché, incapable, Vitellius poltron, à qui ses soldats, après qu'il eut perdu par sa lâcheté la moitié de l'Italie, arrachèrent le pouvoir et enfin la vie. Chez Thomas Corneille, ce prince barbare, qui de la civilisation n'avait pris que ses vices, devient le plus doux des hommes et le plus fidèle des amants. Il repousse le trône qu'on lui offre pour rester fidèle à la charmante Ildegonde ; menacé par Amalasonte, qu'il dédaigne, il s'incline civilement; elle essaye de le faire assassiner, pour se venger de sa froideur : il prend la