III, m
LES TRAGÉDIES CORNÉLIENNES. 159
Cette confession d'une mère «.levant son fils qu'elle ignore, mais qui, lui, a peine à cacher son saisissement, sa douleur et son effroi, le cynisme avec lequel elle énumère ses forfaits et expose ses projets terribles en lace de celui-là même qui se sent le véritable objet de sa haine, cette absence complète de sens moral qui lui fait supposer son fils aussi criminel qu'elle et capable de verser son sang, parce quelle veut verser le sien, cette passion monstrueuse enfin qui la fait s'offrir à son enfant, étrange pervertissement d'un amour maternel instinctif et obscur,... tout cela ne cause-t-il pas une impression d'épouvante et de stupeur?
Ariarate refuse, on le devine, de débarrasser la reine du faux Ariarate. qu'il sait cependant être un imposteur. Il veut épargner à sa mère au moins ce dernier crime. Il s'éloigne, et, indignée tic n'avoir pu trouver un complice en celui qu'elle se destine pour époux, Laodice le menace encore :
Je récompenserai de même qu'on m'oblige.
Cependant, quand il est parti, elle fait un retour sur
elle-même et , subissant ce singulier prestige de la vertu, qui s impose même aux âmes les plus criminelles, elle se dit (pi elle aime davantage Oronte, depuis qu'il a refusé de la servir.
Ce refus d'un forfait dont il me sait le prix, Après ce qu'il me doit, joint l'injure au mépris, Et par un sentiment qu'en vain je désavoue, Contre mes intérêts moi-même je l'en loue. Étrange aven d'un cœur sous le crime abattu, l>' se sentir contraint d'estimer la vertu M...
Four échapper aux poursuites de cet amour incestueux, le (ils de Laodice est enfin obligé d'avouer (lui