‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 78 sur 206 · Non », dit Pulchérie à sa confidente · texte numérisé non relu

Non », dit Pulchérie à sa confidente

.... On n'épouse point l'amant le plus chéri

Qu'on ne se fasse un maître aussitôt qu'un mari....

Je dois à ce haut rang d'assez nobles projets

Pour n'admettre en mon lit aucun de mes sujets.

Je ne veux plus d'époux, mais il m'en faut une ombre (V, 1).

Laodice est de 1667, Pulchérie de 1672. Pierre Corneille ne s'est-il pas souvenu de la tragédie de son frère?

LES TRAGEDIES CORNELIENNES. I57

un nouveau meurtre. — Et justement celui à qui elle ouvre» son cœur, c'est cet Oronte, qui est son véritable fils, qui sait qu'elle est sa mère, qui l'aimait ayanl jusqu'à ce jour ignoré ses forfaits et qui attendait avec émotion l'heure où Rome lui permettrait de se faire connaître à elle.

Il y a là une scène admirable, vraiment digne d'un dramaturge de «-énie.

LAODICE

Par son fatal retour tous mes soins sont trahis. ariarate [déguisé sous le nom d' Oronte) Quoi! vous en plaindre, vous qui n'aimez que ce fils, Qui lui gardiez le sceptre, et qui du nom de mère

LAODICE

Oui, mère pour un lils à qui je serais chère, Qui viendrait sans secours le prendre de mes mains ; Mais je ne puis souffrir l'esclave des Romains. Soumis à ces tyrans que bravaient nos ancêtres, Il vient nous asservir sous l'orgueil de ses maîtres, Nous faire part des fers qu'il s'abaisse à traîner, Et j'aurais quelque joie à le voir couronner!

« Mais, dit Ariarate, quand il le verra, le peuple saluera en lui son nouveau roi. »

LAODICE

Eh! bien, si vous craignez qu'à sa vue on ne cède, C'est un mal où peut-être il est quelque remède.

ARIARATE

En est-il quand déjà son nom seul en ces lieux

LAODICE Vous ne m'entendez pas, il faut m'expliquer mieux. La rigueur me fait peine, et depuis que je règne, Si pour ma sûreté je souffre qu'on me craigne, Contre mille ennemis de ma grandeur jaloux,

J'ai toujours essayé les moyens les plus doux —

Mais, il faut l'avouer, s'agissanl de l'empire,

Comme c'est à lui seul que tout mon cœur aspire,

Si, pour le consei^ver, il faut armer mon bras,

Un peu de sang versé ne m'épouvante pas.

Quoi! vous ferait-il peur? Vous pâlissez, ce semble?

ARIARATE

Oui, madame, il est vrai, je pâlis, et je tremble

Croyez-vous que ce fils —

LAODICE

11 faut vous dire tout.

Aussi bien avec vous, dont l'âme est un peu tendre, Qui s'explique à demi ne se fait pas entendre. Sachant mes intérêts, vous jugerez de moi. J'eus six fils qu'en mourant me laissa le feu roi. Par divers accidents des six les cinq moururent ; Peut-être avez-vous su quels fâcheux bruits coururent, J'en dédaignai V outrage, et crus de tels malheurs, Puisque j'étais au trône, indignes de mes pleurs — Pour me l'assurer mieux, je mis tout en usage. Ariarate à Rome en otage élevé Pouvait me le ravir s'il n'était enlevé. J'en donnai l'ordre exprès, sa mort fut résolue. Mais je vois que les dieux ne l'avaient pas conclue, Qu'un lâche m'a trahie, et que de mon projet Ariarate et Rome ont su tout le secret. C'est à vous là-dessus à voir ce que peut faire Un fils trop convaincu de l'orgueil de sa mère. Si j'immolais sa vie à l'ardeur de régner, Pour régner à son tour voudra -t-il m'épargner?

C'est mon sang!

Si du sang à verser vous émeut, vous fait peine, J'en sais qui sans scrupule en croiront une reine, Et qui, pour un seul crime exigé de leur foi, Ne dédaigneront pas de régner avec moi. Mais avant qu'emprunter d'autre bras que le vôtre, Songez bien que souvent un crime en presse un autre, Et que, vous ayant dit à quoi je me résous, Le trône seul peut être un asile pour vous ' .

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