‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 82 sur 206 · II, IV · texte numérisé non relu

II, IV

— S'il n'apprend pas de moi l'art de vaincre aisément, 11 apprendra celui de fuir l'abaissement, Et de rester toujours, par un pouvoir suprême, Maître de son destin, malgré le destin même '.

Et quand le vieux Carthaginois se trouve en présence de Prusias, quand il essaye de ressaisir ce prince peureux qu'il sent lui échapper, quand il le presse de se déclarer enfin ou pour Rome ou pour lui, lequel a l'air d'être le maître, du monarque ou de l'exilé?

Vainqueur de toutes parts, il ne faut qu'un Romain

Pour vous faire tomber les armes de la main.

Un seul mot, plus puissant que foudres ni tempêtes,

Vous arrache aussitôt le fruit de vos conquêtes

Ainsi, par un effort digne du sang royal,

En dépit des Romains vous gardez Annibal,

Et, par une faiblesse indigne d'un grand homme,

En dépit d'Annibal vous cédez tout à Rome.

Fixez, fixez, seigneur, cette douteuse foi;

Déclarez-vous entier ou pour elle ou pour moi.

Accorder Annibal avec la République

Passe tous les ressorts de votre politique.

Jamais de tant d'amis vous ne viendrez à bout,

Et c'est n'en faire point que d'en chercher partout 2.

Ces vers sont beaux sans doute : mais en d'autres scènes Annibal marque un peu trop de goût pour la déclamation. Sa fille Elise, qui a hérité de sa haine, exprime ses sentiments d'une façon plus virile. C'est en elle qu'on trouve lame d'Annibal bien plus que dans Annibal lui-même.

Si elle laissait parler son cœur, elle se donnerait à Nicomède ; mais l'amour n'est pas ce qu'elle écoute,

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