III, i
A. IV, vu.
Pour m'arracher au sort, en braver le courroux,
S'il ne faut que mourir, je mourrai bien sans vous....
Qu'importe qui de vous m'assure d'un vrai zèle,
Quand Annihal vous voit l'un et l'autre infidèle?...
Car enfin vous l'avez tous deux abandonné,
Tous deux signé l'arrêt qu'un parjure a donné,
Et l'ardeur, qu'à l'envi vous me faites paraître,
Ne m'offre un défenseur qu'en me cacbant un traître
Tremblez, princes, tremblez; l'honneur du sang royal Se maintenait encore à l'ombre d'Annibal. Dépouillé qu'il était, il vous rendait terribles,
Armés de son seul nom vous étiez invincibles
De votre liberté lui seul était l'appui; Il la faisait revivre, elle meurt avec lui. Vains fantômes d'honneur! impuissantes idoles! Esclaves en effet, soyez rois en paroles ' !
Ne retrouve-t-on pas là le souffle et aussi le style de Pierre Corneille?... On pourrait relever clans cette tragédie plusieurs autres passages qui semblent être partis de sa main : ces quelques vers par exemple que Flaminius adresse à Attale :
Vous osez à mes yeux, enflé du rang suprême, Trancher du souverain, ordonner de "vous-même, Et sans songer par qui Pergame est sous vos lois, Votre amour prétend faire une reine à son choix? C'est donc là le respect que vous portez à Rome? Ignorez-vous qu'un roi chez elle n'est qu'un homme, Et que, pour renverser les plus grands potentats, Elle n'a tout à coup qu'à retirer le bras 2?
Et surtout ce passage d'un monologue de Prusias :
Mais pourquoi t'oser croire, ô grandeur importune, Serviles intérêts d'Etat et de fortune, Qui, pour me conserver le vain titre de roi, M'ôtez la liberté de disposer de moi?