‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 100 sur 209 · II, V · texte numérisé non relu

II, V

Qu'avec mêine tendresse on eût donné sa foi.

Et personne jamais n*a tant aimé que moi!...

Ma sœur, au nom des dieux, ne m'abandonnez pas!...

Vous m'avez dès Tenfance été toujours si chère,

Que cette inébranlable et fidèle amitié

Mérite bien de vous au moins quelque pitié.

Allez trouver, hélas ! dirai-je : mon parjure ?

Peignez-lui bien Texcès du tourment que j'endure....

Dites-lui qu'à son feu j'immolerais ma vie,

S'il pouvait vivre heureux après m'avoir trahie.

Quel adorable sentiment et comme il est simplement exprimé !

Enfin, ma sœur, enfin, je n'espère qu'en vous M

Et Phèdre assiste impassible a ce désespoir dont elle est la cause; elle promet d'aller implorer Thésée, de le ramener, et, quelques moments après, elle revient, confessant avec une pitié hypocrite qu'elle n'a pas réussi.

Dès lors Ariane n'a plus qu'un espoir : elle veut parler elle-même à son amant; elle ose croire encore qu'il ne résistera pas à ses larmes. Thésée ne peut se dérober à cette épreuve. Avec le plus de calme qu'elle peut la pauvre femme lui demande quel est son crime, commen elle a pu lui déplaire; elle lui rappelle qu'elle Ta sauvé dans le Labyrinthe, qu'elle a quitté pour lui son père et sa patrie :

La mer, les vents, l'exil ont-ils pu m'étonner? Te suivre, c'était plus que me voir couronner! Fatigues, peines, maux, j'aimais tout pour leur cause.

Et l'on sent bien qu'en lui rappelant ainsi tout ce qu'il lui doit,' elle songe moins à lui prouver son ingratitude qu'a l'attendrir au souvenir du passé, qu'à le

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