‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 101 sur 209 · II, VII · texte numérisé non relu

II, VII

LES TRAGÉDIES RACINIBNNES. 187

tenir attaché à elle par le doux lien des périls communs et des joies partagées. Et puis elle l'implore, combien doucement! d'une voix presque caressante, promettant de tout oublier, se résignant à tout pourvu que cet amour lui reste, qui fait toute sa vie :

Périsse tout, s*il faut cesser de t*être chère!

Qa*ai-je affaire du trône et de la main d'un roi?

De l'univers entier je ne voulais que toi....

Je te suis, mène-moi dans quelque île déserte,

Où, renonçant à tout, je me laisse charmer

De l'unique douceur de te voir, de t'aimer.

Là, possédant ton cœur, ma gloire est sans seconde;

Ce cœur me sera plus que l'empire du monde.

Point de ressentiment de ton crime passé :

Tu n'as qu'à dire un mot, ce crime est effacé.

C'en est fait, tu le vois, je n'ai plus de colère '.

Ce sont peut-être la les vers les plus touchants que Thomas Corneille ait jamais écrits. Si-on les entendait réciter au théâtre, qui remarquerait les quelques faiblesses qui les déparent? Qui ne se laisserait troubler par ce cri de tendresse?

Thésée reste cependant insensible : « Va-t'en, lui crie enfin Ariane, je ne veux pas avoir l'affront que tu me quittes. Je te chasse, va-t'en I » Et, comme il s'en va en effet, heureux d'échapper à ses plaintes, elle le regarde partir, les yeux en pleurs, le cœur plein d'angoisse, conservant jusqu'au bout l'espoir qu'il se retournera vers elle, qu'il reviendra se jeter à ses pieds :

Il sort, Nérine, hélas I

Et ce lui est une humiliation nouvelle de voir qu'il lui a si vite obéi :

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