ORONTE
C'est l'amour du vieux tçmps, il n*est plus à la mode ' !
« 11 n'est plus à la mode », voilà le grand mot lâché! Oronte n'est pas en réalité aussi indifférent, au^si égoïste, aussi hypocrite qu'il le dit : c'est pour suivre le courant, pour se faire valoir dans le monde, qu'il fait le sceptique et l'esprit fort. Il y a bien de la naïveté au fond de sa politique. Ceux-là ont le droit de douter, qui ont trop cru et qui, souvent déçus, ont acheté assez cher le droit d'être méfiants; mais lui, il est jeune, il ne connaît rien de la vie, et déjà il joue un rôle; il méprise Tamour, avant de savoir ce que c^est que d'aimer. S'il connaissait à son tour cette « ardeur inquiète », ce « frisson tout de flamme », dont parle Cliton, que deviendraient toutes, ses théories, tous ses calculs, tout son beau système de compensations ? Ne se sentirait-il pas faible et lâche, comme les autres, et heureux de l'être, et n'avouerait-il pas avec le sage que vouloir être amoureux avec sagesse c'est vouloir être fou avec raison ?
Il faudrait que ce Don Juan au petit pied connût un peu les souffrances d'Alceste : ce serait là le juste châtiment de sa fatuité et la vraie moralité de la comédie.