‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 131 sur 209 · III, n · texte numérisé non relu

III, n

en convenir : après sa conversion, ce n'est qu'un amoureux très ordinaire ; avant, il ressemble un peu à Don Juan, beaucoup à Moncade, Thomme à bonnes fortunes, et, comme nous l'avons dit, à 4'Oronts de r Amour à la Mode. Mais Hortense est bien intéressî^nte. A qui pourrait-on la comparer? Elle a, comme l'Henriette des Femmes savantes, du jugement, de la raison, une droiture que le moindre mensonge offense; mais elle a de plus qu'elle je ne sais quelle sensibilité contenue qui la rend plus charmante. Ce caractère aurait pu être mieux étudié sans doute ; mais on est si heureux de trouver au xvu® siècle, dans un ailteur comiqu&qui n'est pas Molière, un personnage qui n'est pas un personnage de conventioo, qu'on ne songe pas à se montrer difficile^

Si nous' sommes surpris de rencontrer dans cette comédie inconnue une peinture assez fraîche et assez nouvelle, bien qu'un peu indécise, nous sommes bien pjus étonnés encore d'y constater un mouvement, une vivacité du dialogue et parfois un éclat du style qui sont comme l'annonce d'un autre art.

Lisez, au commencement de la pièce, le portrait que Lisandre fait des femiftes : « Elles savent accorder le mouvement perpéteel avec l'oisiveté. Cent défauts embellis sont tout leur brillant. Tout y surprend de loin, de près tout y détrompe.... Elles parlent toujours,sans rien dire. Pour paraître jeunes, elles deviennent enfants par leurs manières. Leur bouche est mise au mirOir, le son de leur voix est contrefait et tous leurs mouvements sont comptés.... Elles passent leur vie à servir leur beauté. Tout est art au dehors, au dedans tout est artifice, et la plus jolie femme n'a rien de naturel que le désir de plaire '. »

Voyez un peu plus loin cette tirade reprise par le vakt Pasquin, essayaat d* expliquer les sentiments de son maître : « Il dit que vous n*étcs qu'un sa^igondis de sourires imposteurs, de minauderies enfantines, de trompeurs ^e ne sais quoi, de riens éblouissants,... qu'un amas de brillants étrangers, formé de blanc, de rouge, de mouches, de points, de rubans, de rayons et de firmaments, qui accompagnent toujours un visage masqué sans masque et enterré dans ses ornements * ». ^

Ecoutez encore en quels termes ce même Pasquin expose la politique de Lisandre :

HENRIETTE

« Pasquin, mon frère est-il ici?

' • PASQUIN

Il travaille à ses dépêches.

HENRIETTE

A ses dépêches?

^ PASQUIN

Pourquoi s'en étonner? Il a des maîtresses ou façons de maîtresses dans les seize quartiers de Paris.

HENRIETTE

Le nombre le doit embarrasser.

PASQUIN

Mon maître est un homme d'ordre-Aux heures du Palais, il plaide sa caust auprès des femmes de robe; pendant l'absence des officiers, il chasse sur leurs terres; sous prétexte d'eq^iplettes, il fait. venir les plus belles marchandes chez lui....

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