I, YII
2â4 THOMAS CORNEILLE.
HENRIETTE
Il faudra que tous ces amours finissent avec le peu de bien qui reste a ton maître, et qu'un parti avantageux raccommode ses affaires.
' PASQUIN
Il n'en aura pas sitôt besoin^
MARTON
Il a donc trouvé la pierre philosophale?
PASQUIN
Voici sa pierre philosophale : les déclarations brillantes et les vers galants font chanter les spirituelles ; les respectueuses œillades et les larmes feintes gagnent les amantes héroïques ; les présents touchent les intéressées, et ce que mon maître tire des vieilles, un peii de crédit, quelques emprunts et beaucoup de savoirfaire feront subsister encore longtemps ses amours
MARTON
Ah! le dangereux homme! le dangereux homme!
PASQUIN
Aimé, souhaité partout, amant sans amour, riche après avoir mangé son bien, et trompant tout le sexe sans en pouvoir être trompé, il n'aurait jamais d'embarras, si chez trop de belles à la fois l'heure du berger ne sonnait trop souvent pour lui *.... »
Cette langue vive, cette série de traits brillants, ce cliquetis de mots n'est-ce pas déjà le « style de théâtre » ? Et la dernière période surtout, avec ce balancement des antithèses qui se répondent, n'est-ce point, un siècle avant Beaumarchais, une période à la Figaro?
Ecoutez ce début de scène :
1, T, viii.
PASQUIN
« Ah! Marton, il y a bien des nouvelles I Devine tout ce que tu peux imaginer de plus surprenant.
MARTON
Quoi? Une femme volontairement muette?
PASQUIN
Non.
MARTON
Un peintre de femmes qui ne les flatte point?
PASQUIN
Non.
MARTON
Un jeune abbé sans coquetterie?
PASQUIN
Non.
MARTON
Une bataille gagnée par nos ennemis?
PASQUIN
Non, non, non.
MARTON
Je m'y rends.
PASQUIN
Mon maître aime matrimonialcmcnt *. »
Voilà bien des détours, bien des bons mots hors du sujet, et c'est bien là, si je ne me trompe, de 1'. « esprit d'auteur ».
Veut-on maintenant des maximes à détacher? « Les hommes disent de nous tout ce qui leur plaît, nous en faisons tout ce que nous voulons *. » Ou encore ;