ÎV, IX
aient plus de part dans vos discours que la raison. Entrecoupez vos paroles de sanglots et faites le possédé comme un financier qui trouve sa maîtresse en faute.... Si tous vos empressements sont sans effet, allez jusqu'à Tévanouissement : c'est une pierre de touche merveilleuse pour éprouver Tamour. Souffrez jusques au seau d'eau en homme tout à fait mort, pour faire voir que rien ne peut noyer votre amour. Enfin, en évanoui bien sensé, soyez sourd à toutes les voix qui vous appelleront. Que celle d'IIortense vous fasse seule entr'ouvrir les yeux, et dites-lui du ton d'un homme de l'autre monde que sa voix vous a fait revenir des portes du trépas. Si vous remarquez que vous soyez ressuscité trop tôt, redevenez mort et, selon que vous le jugerez à propos, soyez dans la suite sage, emporté, doux, mort Ou vivant. Il ne s'agit que d'être bon comédien. Par là les plus fines sont dupées et les plus belles en tiennent ^ »
Malgré quelques négligences, quelques faiblesses, qui trahissent un peu la précipitation, le morceau est vif et spirituel : on remarquera qu'il est absolument inutile. Dans sa carrière de séducteur, Lisandre a eu certainement recours à tous les stratagèmes : qu'a-t-il besoin que Crispin lui fasse la leçon? L'auteur, la chose est claire, n'a eu d'autre but que de composer une tirade à effet, où le comédien pût faire valoir son talent : il a volontiers sacrifié la vraisemblance et la logique à l'envie de faire de l'esprit de mots. Voilà ce que n'eût jamais fait Molière, qui estimait, on le sait, qu'un trait d'esprit n'est bon que s'il est en même temps un trait de caractère. Un art nouveau com-