LA RENOMMÉE
Dans les siècles passes, j'ai vu bien des héros! Alexandre et César m'ont donné de la peine.
Mais au moins dans leur course ils reprenaient haleine Et me laissaient quelque repos....
l'amour
Si Louis, dans sa noble ardeur, Court où l'appelle son grand cœur.
L'amant, quoique plein de tendresse.
Se reproche un honteux repos., Et quitte aussitôt sa maîtresse.
Pour suivre les pas du Héros.
Elle s'en plaint, elle en soupire, - Et par sa disgrâce fait voir La faiblesse de mon empire.
La Gloire vient consoler ces divinités éplorées et, par des raisons vraiment fort ingénieuses, elle les décide à s'attacher aux pas du Prince. — Là-dessus arrive le cortège des Arts et des Jeux et toute cette compagnie se
LES PIECES A MACBIXES. 273
met à chanter les hauts faits du a plus grand des mortels i>«
Jamais exploits si fameux Ne firent parler Thistoire.
Ils sont tels que nos neveux Refuseront de les croire.
Toutes ces flagorneries nous paraissent aujourd'hui quelque peu dégoûtantes : mais c'était alors une règle que tous les spectacles de quelque apparat fussent précédés de ces sortes de panégyriques dialogues. Seul, Pierre Corneille avait osé un jour, dans un prologue, donner au monarque une leçon ' : mais cette liberté ayant déplu, personne ne s'était risqué a l'imiter, et tous les poètes, y compris Molière, qui n'avait pourtant pas l'ame basse, s'étaient ingéniés à varier, à renforcer les louanges, cherchant par quels côtés ils pourraient le mieux chatouiller la vanité du roi, parlant des victoires récentes, des bâtiments pour lesquels il eut toujours une singulière passion, dépouillant, abaissant à ses pieds tous les princes de l'Europe, tous les héros de l'antiquité et toutes les divinités de l'Olympe. Cela dura jusqu'à la fin du règne, et ce prodigieux orgueil, « qui alla toujours croissant, qu'on nourrissait et qu'on augmentait en lui sans cesse, et jusque dans les chaires par les prédicateurs en sa présence * », cet
1. « Toujours des guerres », faisait-il dire à la France, dans 1« Prologue de la Toison d'Or (1661).
« Ahl Victoire, pour fils n'ai-je que des soldats? S'ils renversent des murs, s'ils gagnent des batailles, Ils prennent droit par là de ronger mes entrailles; Leur retour me punit de mon trop de bonheur.
A Taincrc tant de fois mes forces s'affaiblissent : L'Etat est florissant, mais les peuples gémissent; Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits. Et la gloire du trône accable les sujets, s