‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 168 sur 209 · IV, I · texte numérisé non relu

IV, I

si, pour finir, elle n'éclatait pas de rire au nez de sa dupe, et la femme d'intrigue qui secourt les jolies filles dans l'embarras, et le gros financier, bon oiseau à plumer, victime toujours prête, comme cela sent déjà son xviii° siècle! Et pourtant la De{>ineresse est de i679 : Dancourt n'a pas encore paru, Lesage est encore un enfant, et il n'y a que six ans que Molière est mort.

Quand je relis le fameux passage de V Impromptu de Versailles : « Va, va, marquis, Molière aura toujours plus de sujets qu'il n'en voudra, et tout ce qu'il a touché jusqu'ici n'est rien que bagatelle au prix de ce qui lui reste », et que de ce passage je rapproche les scènes des Amants magnifiques où se trouve ébauchée la figure du devin Anaxarque, je ne puis m'empécher de penser que Molière eût peut-être traité, s'il eût vécu plus longtemps, ce sujet de la Denneresse. Ce qu'il en eût fait, cela est facile à imaginer, et comme ce lui eût été une bonne occasion de mettre à nu quelques-uns de ces ridicules qui se déguisent en public, mais qui, dans le secret du cabinet, en présence du magicien qui va exaucer tous leurs vœux, se déshabillent si proprement. Comme il eût aussi marqué en traits saisissants, lui, le disciple de Gassendi que le merveilleux ne séduisait guère *, cette inguérissable

1. Écoatcz ce que dit, dans les Amants magnifiques^ So strate (pii semble bien £tre l'Ariste de la pièce : « Transformer tout en or, faire vivre éternellement, guérir par des paroles, se faire aimer de qui l'on veut, savoir tous les secrets de l'avenir, commander aux démons,... tout cela est charmant, sans doute, et il y a des gens qui n'ont aucune peine à en comprendre la possibilité;... mais pour moi, je vous avoue que mon esprit grossier a quelque peine a le comprendre et à le croire, et j'ai toujours trouvé cela trop beau pour être véritable....

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