DOCUMENTS INÉDITS
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE (MSS. F. FR. N* 15 209). (Lettres et fragments littéraires du xvii* siècle.)
Iiettres de MM. Delacoste et Coqaetean de la Claixière, de Ronen.
A M. l'abbé de Pure *, à Paris.
De Rouen (sans date).
.... Usez souvent de cette belle humeur qui vous oblige à me faire part de tout ce qui se passe sur vos théâtres. Plus de cent personnes vous en sauront gré et moi je vous en aurai une obligation infinie. Notre ami M. de Corneille le Jeune vous va fournir de sujet pour deux, relations *; je me promets bien que vous me les enverrez et que vous
1. C'est également à l'abbé de Pure que sont adressées les quatre lettres autographes de Thomas Corneille, que possède la Bibliothèque Nationale : elles sont aussi datées de Rouen : 19 mai 1S68, 4 arril, SO juillet et 1*' décembre 1659. Les quatre lettres da Pierre Corneille A l'abbé sont A peu près de la même époque.
2. Delacoste rent certainement parler du Galant doublé et de Stilicomt qui furent joués à quelques jours d'intervalle : il est donc probable que cette lettre fut écrite rers la fin de 1659.
n*oublierez pas celle que vous me promettez de la guerre de Boileau et de Scarron ^ : obligez-moi de la bien étendre par le détail de leur différend ; s*ils viennent à s'entrepiquer et à s^entremordre par écttt, ils feront bien rire le monde et feront gagner le libraire qui débitera leur attirail de guerre. Je crois que Sommaville gagnera 20 000 livres à l'ouvrage de notre illustre malade '. Il sera ravi d'ap* prendre que vous lui donnez votre approbation ; je ne manquerai pas de lui apprendre cette bonne nouvelle....
# De'lagoste.
A M, Vahhé de Pure.
De Rouen, ce 13 janvier 1660.
.... Je vis hier M. Lacoste et j'espère à son retour voir M. de Lisle.... Les nouvelles de son Galant doublé ont été reçues avec toute sorte de joie, et trop de personnes y prennent part pour ne vous en promettre qu'un seul remerciement. Je souhaiterit^s que nq^is eussions ici de nouveaux ouvrages, comme nous avons de nouveaux comédiens ' : je me hasarderais de vous régaler de leui*s réussites. Ils nous donnèrent hier l^ Maître étourdi * de Quinault, dont nos critiques condamnèrent la vraisemblance et les entretiens de la mère et de la ûUe. Les acteurs y réussirent assez bien, et Rosidor qui faisait le maître et Larose le valet s'acquitte-
1. Il s*agit de la fameuse querelle de Scarron et de Gilles Boileau» dont on trouvera tout le détail dans une lettre de Scarron au surintendant Fouquet (t. II des Dernières Œufreê,^&, ii^ 1752, p. 198).
2. La traduction de V Imitation de Pierre Comeillep dont la cinquième et dernière partie avait paru en 1656. « Je lui ai ouï dire, dit Gabriel Guéret dans sa Promenade de Saint^Cloud, je lui ai ouï dire que son Imitation lui avait plus valu que la meilleure de ses comédies, et qu'il avait reconnu par le gain considérable qu'il y a fait que Dieu n'est jamais ingrat envers ceux qui travaillent pour lui. »
3. Ce fut sans doute dans cette troupe que Pierre Corneille re* marqua Mlle Marotte Beaupré, jolie pel>8onne, excellente comédioiine, qu'il recommanda plus tard à l'abbé de Pure, dans une lettre datée de Rouen (avril 1662) : « Je l'avais vue ici représenter Amalagonie et en avais conçu une assez haute opinion pour en dire beaucoup de bien à M. de Guise, quand il fut question, vers la mi-caréme, de la faire entrer au Marais. » Cf. Bouquet, Maints obacurê,.,^ p. 187.
4. L'Am^int indiscret ou le Maître étourdi^ joué pour la première fois en 1654.
APPBMDICB.
rent autant bien de leur emploi qu'on le pouvait souhaiter. Si j'étais M. Quinault, j*aimerais beaucoup mieux retourner à ce genre d'écrire que de m 'abaisser à la farce. Sa réputation lui doit être plus chère que son intérêt» et je ne puis concevoir que' Stratonice ait besoin d'un secours si peu honnête ^ Je ne douFe point que vous n'ayez assez de pouvoir sur lui pour le défendre d'une surprise que sa corn* plaisance aurait soufferte de la part de quelque comédien. Nous attendons avec impatience le succès de Stilicon^ la ruine des brigues que l'on avait faîtes pour en diminuer l'éclat et le rétablissement de la chaleur des Bourguignons *. Toutes les personnes d'ici prennent intérêt à sa réputation. Leurs jugements ont déjà prévenu les suffrages qu'elles attendent, et elles vous souhaitent particulièrement pour témoin de tant de choses. La relation que vous leur en ferez assurera leur jugement et me donnera occasion de me joindre à eux pour vous témoigner combien je suis et sans flatterie, , .
Monsieur,
Votre très humble et très obligé serviteur,
De la Clairière '.
A M. l'abbé de Pure.
Roaen, ce 18 jaillet 1660.
Après avoir demandé à Vabbé de lui envoyer encore quel^ queS'Unes de ces relations qui sont un régal pour tous les RouennaiSf M. Delacoste ajoute^ faisant allusion à une pièce attendue : *
....Je suis persuadé que votre latin ne ressemble pas
au mien ; mais cela n'empêche pas que je n'attende avec
impatience celui que vous me devez envoyer. Les illustres'
frères et l'incomparable Brébeuf en pensent autant que
moi.... • *
Delacoste.
1. Goqaeteaif ne peat faire allasion qu'à la comédie : let Coups de f Amour et delà Fortune, joaée en 1S68, après Stratoniee. ^