‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 196 sur 209 · PRINCIPAUX INTERPRÈTES DES PLUS CÉLÈBRES OUVRAGES DE THOMAS CORNEILLE · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX INTERPRÈTES DES PLUS CÉLÈBRES OUVRAGES DE THOMAS CORNEILLE

Don Bertrand [Don Bertrand de Cigarrat]^ en 1650, (Hutel de Bourgogne] : Jodelet; — en 1685 (Th. Français) : Poisson.

Oronte [l'Amour à la Mode), en 1651 (H. de B.) : FIoridor. — Cliton : Jodelet.

1. On lit dans Y Avertistement de cette 4« édition : a Un fort habile homme, consommé dans la géographie, a fourni quelques remarques, dont on s'est servi pour le changement de divers lieux» où il y avait de l'erreur... ». Cet • habile homme » était peut-être Th. Corneille, et il est bien probable que son travail s'est borné à ces quelques corrections.

2. Cf. Hi8t, du Th, Fr, par les frères Parfaict; Gazettes rimées de Loret et de Robinet ; Mercure galant ; Répertoire deê comédies qui se peuvent jouer en 1683 (Bibl. Nat. Mss. F. Fr. 2 509); Mémoires de Mlle Clairon ; Journal autographe de tous les r^les joués par Lekain (Bibl. Nat. Mss. F. Fr. 2 036) ; Encyclopédie (article Déclamation) ; Répertoire du Th, Fr, de Golson (1818); Galerie hist, des acteurs du Th. Fr., par Lemaznrier ; Hist. anecdot. de l'Ancien Th., par Da Casse).

Jodelet (le Geôlier de soi-même) , en 1655 (H- de B . ) : Jodelet.

Stilicon [Stilicon), en 1660 (H. de B.) : Floridor.

La Montagne [le Baron d'Alhikrac)^ en 1668 (H. de B.) : Poisson; — en 1685 (T. F.) : Poisson.

Ariane [Ariane]^ en 1672 (H. de B.) : Mlle de Champ* ineslé *; — en 1685 (T. F.) : Mlle de Champmeslé. — Thésée : Baron ou De Villiers. — Phèdre : Mlle Guérîn ou Mlle Raisin.

Ariane, en 1693 : Mlle Duclos •; — en 1731 : Mlle Gaussin '; — en 1743 : Mlle Clairon *; — en 1766 : Mlle Sainval

1. Cf. Mme de Séyigné, lettre à Mme de Grignan du l*' ayril 1672 : n La Champmeslé est quelque chose de si extraordinaire qu'en votre vie TOUS n'avez rien vu de pareil : c'est la comédienne que Ton cherche et non pas la comédie; j'ai vu Ariane pour elle seule : cette comédie est fade ; les comédiens sont maudits ; mais quand la Cbampraeslé arrive, on entend un murmure, tout le monde est ravi, et l'on pleure de son désespoir ».

2. On raconte que, Mlle Duclos se trouvant dans un état de g'rossesse déjà fort avancée et le public s'obstinant à réclamer Ariane, l'acteur Dancourt fut chargé par ses camarades de faire une annonce. Il s'agissait de prévenir le public sans blesser la délicatesse de la comédienne qui se tenait dans les coulisses et de laquelle Dancourt ne pouvait manquer d'être entendu : « Lorsque le tumulte des cris est tombé, l'acteur s'avance, se répand en excuses et en compliments, allègue une maladie de Mlle Duclos et, par un geste adroit, indique la nature du mal. Mais Mlle Duclos, qui l'observe, bondit aussitôt sur la scène, le gifle bruyamment et se tournant vers le parterre avec le môme feu : a Messieurs, s'écrie-t-clle, à demain Arianel » {Rép. du Th. Fr.)

3. Elle joua ce rôle ù Paris et dans plusieurs villes de province, avec un succès prodigieux : ce fut pour elle que La Motte composa ces vers :

Ah 1 que j'aime à te voir en amante abusée.

Le visage noyé de pleurs, Hors l'inflexible cœur du parjure Thésée,

Toucher, emporter tous les cœurs !

4. A partir de 1651, le rôle de Ncrine, confidente d'Ariane, fut tenu avec beaucoup d'intelligence par Mlle Brillant : ce Je me souviens, raconte Mlle Clairon dans ses Mémoires^ je me souviens qu'étant très malade, ayant Ariane a jouer et craignant de ne pas suffire k la fatigue de ce rôle, j'avais fait mettre un fauteuil sur le théâtre pour m'en aider en cas de besoin. Les forces en effet me manquèrent au V^ acte, en exprimant mon désespoir sur la fuite de Phèdre et de Thésée; je tombai dans le fauteuil presque sans connaissance. L'in-

l'aînée; — en 1769 : Mme Vestris; — vers 1810 : Mlle Duchesnois; — en 1842 : Mlle Rachel (8 représentations; la f* le 7 mai *).

Circé (Circé), en 1675 (Guénégaud) : Mlle Molière *.

La Comtesse [l'Inconnu]^ en 1675 (G.) : Mlle Molière. — Le Vicomte : Hubert. — Le Marquis : Lagrange.

Elisabeth [le Comte cTEssex), en 1678 (H. de B.) : Mlle de Champmeslé; plus tard : Adrienne Lecouvreur ',

telligcnce de Mlle Brillant, qui jouait ma confidente, lui suggéra d'occuper la scène par le jeu de théâtre le plus intéressant. Elle yint tomber à mes pieds, prit une de mes mains qu'elle baigna de larmes ; ses paroles lentement articulées, interrompues par des sanglots, me donnèrent le temps de me ranimer; ses regards, ses mouvements mc*pénétrcrent : je me précipitai dans ses bras, et le public en larmes reconnut cette intelligence par les plus grands applaudissements. Une actrice ordinaire eût répondu tout de suite, et la pièce n*eût point été achcTéc. »

1. Nous ayons eu la curiosité de lire dans les journaux du temps les diverses appréciations portées sur cette reprise. Au milieu des éloges dont tous les critiques, depuis le lyrique J. Janin jusqu'au raisonnable et calme H. Lucas, accablent Mlle Rachel, on devine que le rôle ne fut pas un de ses meilleurs : son jeu si puissant, son débit un peu rapide et saccade ne pouvaient pas trop convenir à la douce, à la triste Ariane qui s'abandonne toujours et ne sait que pleurer. C'est ce que le chroniqueur du Conslitutionnel semble avoir mieux compris que les autres : a Jamais, & la scène, écrivait-il, le langage et ce que nous appellerons la physionomie des sens n*ont été plus complets et n'ont atteint cette perfection. Mais sous les mouvements et sous les convulsions de cette agonie du cœur, nous ! avons toujours et vainement cherché cette sensibilité suave et douce, ' qui tempère ces aspirations sans les affaiblir et les anime d'une I grâce charmante. » (N' du 22 mai : W.) Dans la Tribune drama- | tique, « Un vieil amateur » en disait autant et plus simplement : i (1 Ce n'est pas tout qu'elle produise de l'enthousiasme : il faut 1 qu elle fasse pleurer. » (N" du 22 mai.)

2. Mlle Molière fut, parait -il, tout à fait séduisante sons le brillant * costume de la magicienne. Ce fut pendant les représentations de | Circé qu'elle tourna la tête an président Lescot (cf. plus haut, p. 283). i d Les jours de théâtre, il était au parterre toujours enthousiaste; il

aurait voulu être petit oiseou pour voler sur l'épaule de Circé.... Il ^

disait à la Tourelle chez la Ledoux : a Magicienne que vous êtes!

Pourquoi ne me rendez-vous pas invisible par vos maléfices? Je j

serais toujours sur vos pas. » {Relation d'un avocat au Parle*

ment de Parié, citée par Ars. Houssaye, Molière^ ta femme et sa fille,

3. Un étranger, qui l'avait vne dans ce rôle, disait : a J'ai vu une j reine parmi des comédiens »•

puis Mlle Dumesnii *. — Le Comte : Baron *; de 17G6 à 1775 : Le Kain.

Mme Jobin [la Devineresse), en 1679 (G.) : Hubert '.

1. « Vers la fin de 1762, la Compagnie donna quelques représentations du Comte d'Essex. Lorsqu'il fut question de cette pièce à l'as* semblée, Mlle Clairon demanda qui jouerait Elisabeth : Mlle Dumesni] répondit qu'elle s'en chargeait. « Je ferai donc la duchesse, reprît- « elle. — Non pas, s'il vous plait, s'écria Mlle Hus, c'est mon rôle et a je ne m'en défais pas. — Je ne Teux rien vous enlever, répliqua (( Mlle Clairon; cela étant, je ferai la confidente; il n'y aura pas grand' « chose à dire : c'est n)on fait. » On crut qu'elle plaisantait et on se sépara. Le jour de la représentation elle tint parole, au grand é(onnemcnt de Mlle Hus qui en fut déconcertée et en joua beaucoup plus mal. Mlle Clairon, qu'on ne s'attendait point à voir dans un rôle pareil, fut couverte d'applaudissements dès que le parterre l'eat reconnue; elle ne pouvait entrer en scène, ni en sortir, sans qv'ils ne redoublassent. Mlle Hus, au contraire, ne prononçait pas un mot sans éprouver des désagréments sensibles. Elle eut beaucoup de peine ù conduire son rôle jusqu'à la fin, et d'après une pareille leçon il fut aisé de croire qu'elle ne chercherait plus à se trouver en concurrence avec Mlle Clairon. Les nouveaux débarques qui se trouvaient au parterre ne concevaient rien à tout cela : « Nous voyons bien, « disaient-ils, pourquoi l'une est huée; mais pourquoi applaodi't-on a l'autre qui ne dit rien? » (Lemazurier.)

2. Voici encore une anecdote qui est restée célèbre dans les annales du théûtre : Un jour que Baron jouait le comte d'Essex, sa jarretière se détacha et tomba sur le théAtre. « Si cet accident lui était arrivé tandis qu'il était en scène avec la reine ou la duchesse, certainement il n'aurait pas eu l'air d'y prendre garde ; mais comme il n'avait alors en face de lui que le traître Cécile, qu'il était en droit de traiter cavalièrement, il en profita pour se donner une belle atlitude de plus : appuyant sans façon sa jambe sur un des balcons du théâtre, il remit sa jarretière devant le ministre d'Elisabeth, sans pour cela s'interrompre un seul instant et continuant au contraire à lui parler en lui tournant le dos. »

3. On sait que c'était autrefois un usage assez commun de faire jouer aux hommes certains rôles de femmes. Hubert, qui avait été un des camarades de Molière, avait successivement représenté Mme Pernelle, Mme Jourdain, la comtesse d'Escarbagnas. Après sa retraite, en 1685, on renonça à cette espèce de mascarade, et il fallut bien trouver des actrices qui consentissent à se vieillir.

Vu et lu en Sorbonne, le 26 juin 1891, par le Doyen de la Faculté des Lettres de Paris,

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