Voisenon, Œuvres^ t.IV, p. 35 (Anecdotes littéraires
k. Une note des manuscrits de Tralagc (rcnus de l'abbaye de Saint- Viclor à la bibliothèque de l'Arsenal) dit : « M. de Corneille a refait jusqu'à trois fois le cinquième acte de la tragédie d'Oihon. Cet acte lui coûtait plus de 1 200 vei^s, à ce qu'il disait, tant il avait de peine a se contenter. »
3'4 THOMAS COnNBILLE.
communiquer racilement avec son frère qui était, tous les témoignages nous l'attestent, « un vrai dictionnaire poétique français, soit pour la construction du vers, soit pour la rime * ».
Les deux frères ne se séparèrent qu'après 1681. Pierre alla habiter alors rue d'Argenteuil, et Thomas s'installa tout à côté, dans la rue du Clos-Georgeot.
Pendant les trois premières années de son séjour à Paris, le jeune Corneille ne donna rien au théâtre, et cette interruption peut s'expliquer par les graves soucis qui lui vinrent dans ce temps-lh.
Depuis plusieurs années, le pouvoir se préoccupait du tort qu'avaient fait au fisc les lettres de noblesse qu'on avait accordées en trop grand nombre dans la première moitié du siècle. En janvier 1654, on avait poursuivi les usurpateurs de noblesse. Le 8 février 1661 et le 22 juin 1664, on avait prescrit de nouvelles recherches des faux gentilshommes. Enfin, en août et septembre 1664, le roi se décida à prendre une mesure plus violente et moins légitime : il supprima toutes les lettres de noblesse accordées depuis trente-quatre ans en Normandie, et depuis trente ans dans le ressort de la cour des Aides de Paris.
Les deux Corneille, dont le père n'avait été anobli qu'en 1637, se trouvaient donc dépouillés d'un titre qui leur était précieux non seulement à cause de l'honneur qui leur en revenait, mais aussi à cause des immunités et des privilèges qui y étaient attachés. Pierre Corneille, on le sait, réclama immédiatement contre la mesure qui le frappait et adressa au roi un sonnet très beau et très digne, où il lui demandait de ne pas lui reprendre « le seul don que son père lui eût
1, Le Parnasse français, par Tilon du Tillct. Paris, 1732,
fait ». Il est probable que de son côté Thomas fit des démarches pressantes auprès des grands seigneurs et des belles dames dont il avait gagné la faveur. Au bout d*un auy les deux poètes obtinrent une première satisfaction. Le roi ordonna à Le Tellier, secrétaire de ses commandements, de « comprendre, les frères Corneille au rôle de ceux quUl estimait à propos, en considération de leurs services, de confirmer en leur noblesse * ». Quatre ans plus tard, en mai 1669, Pierre et Thomas reçurent les lettres confirmatives de leur noblesse, et cette exception faite en leur faveur était une marque d'estime assurément plus flatteuse encore que le* premier anoblissement.
Thomas put donc conserver, en même temps que son titre d'écuyer, le fief seigneurial dont il était possesseur. Pierre signait seulement : Corneille, écuyer ; Thomas, dès sa jeunesse, s^était fait appeler : sieur de Lisle. Depuis le reçu de trente livres que lui donnait en 1651 son frère aîné, trésorier de Saint-Sauveur de Rouen ', jusqu'aux dernières conventions qu'il signait un an ou deux avant sa mort ', tous les actes que nous connaissons lui donnent ce titre. Ses contemporains,, même ses amis les plus intimes l'appelaient M. Corneille de risle ou simplement M. de l'Isle *. Quelle était au juste la terre qui constituait ce fief, c'est ce qui n'a pas été démontré : ce n'était pas l'ile de la Litte, dont il avait hérité de son père, puisque, cette île vendue en 1663 ', il continua a porter le titrç : .on
1. Le Tellier donna une attestation de ce commandement le 24 nov. 166S. Le texte en a été décoavcrt toat récemment.
2. Marty-Laveauz, Notice biographique avCt P. Corneille, p. 86.