Mercure de janv. 1710, p. 270 cl suiv
2. On Bail que les rcprésenlalions comme nçaienl alors vers cinq heures.
3. Aux galeries du Iroisîèmc rang, où la place ne coûlail d'ordinaire qu'une livre.
4. Rappelons que, dans ce lemps, les comédiens de Guénégaud ne jouaienl que Irois fois par semaine : le dimanche, le mardi cl le Tcndredi.
encore 13 représentations consécutives , puis , après Téchec de VIphigénie de Leclerc et Coras, 53 autres représentations jusqu'au mardi 15 octobre '. Les recettes furent énormes : celles des quatre premiers jours s'élevèrent a 2600, 2661, 2 723, 2 549 livres. Les premières représentations du Misanthrope n'avaient rapporté que 1447, 1617, 886 livres.
Dans la suite, il faut le dire, le nombre des entrées diminua assez sensiblement. Ce fut Lulli qui en fut cause. Dans le privilège qu'il avait accordé au Florentin (mars 1672), Louis XIV avait fait à tous les comédiens (( très expresses inhibitions et défenses de faire chanter aucune pièce en musique, sans la permission du sieur Lulli, à peine de 10 000 livres d'amende et de confiscation des théâtres, machines, décorations, habits et autres choses ». Une ordonnance du 14 avril 1672 avait confirmé ce privilège, interdisant aux différentes troupes d'avoir plus de six voix et de douze violons. Après la mort de Molière, Lulli, n'ayant plus de rival auprès du roi, avait encore obtenu une nouvelle ordonnance qui limitait à deux le nombre des voix que pourraient employer les comédiens et a six le nombre des violons (30 avril 1673). Les acteurs de Guénégaud ayant employé pour Circé , en dehors des six violons de l'orchestre, six violons et un clavecin qu'ils avaient placés sur la scène, le Florentin intervint et leur fit défendre d'avoir plus de six violons, de faire venir, comme ils faisaient, des chanteurs étrangers h la troupe et de faire paraître dans les ballets des danseurs à gages. La compagnie résista le plus longtemps qu'elle put, sentant bien quel
1. A l'Hôtel de Bourgogne, Iphigénie^ une des tragédies de Racine qui réussit le mieux, n'avait eu que 40 représentations consécutives. — Le succès de Circé est encore constaté par Bayle dans les Lettres à son frère qui se trouvent en manuscrit à la Bibliothèque Nationale (Lettre du 29 juin 1675).
coup on lui portait, mais elle fut bien enfin contrainte de se rendre, et, du coup, les recettes de Circé tombèrent à 1 000 et h 800 livres.
Les comédiens n'eurent pourtant pas à se repentir d'avoir monté la tragédie de Th. Corneille. Les dépenses extraordinaires, Lagrange nous l'apprend, s'étaient élevées à 10842 livres (on n'en avait dépensé que 4 359 pour la Psyché de Molière) ; de plus les frais journaliers avaient toujours été d'au moins 300 livres ^ Mais si l'on songe qu'en une seule année la pièce fit entrer dans la caisse du théâtre plus de 50000 livres, on verra que, tout compte fait, les bénéfices furent considérables.
Nous ne savons pas au juste quelle somme reçut Th. Corneille; mais nous avons lieu de croire qu'il fut bien payé de sa peine. Nous voyons dans le Registre de Lagrange qu'au début il eut deux parts sur vingt, c'està-dire le dixième de la recette. Le 8 mai, on lui accorda même une gratification supplémentaire. « La compagnie, ayant dessein de satisfaire M. Corneille et de le conserver comme un auteur de mérite, a délibéré de lui donner 60 louis (780 livres) '. » Enfin, à partir du 14 juin, il reçut le septième de la recette. « La troupe, dit le Registre^ a délibéré de donner les parts d'auteur sur 14, sans conséquence pour les autres pièces '. »
1. On en trouvera le détail dans le Registre du régiêseur reproduit dans le lirre de M. Bonnassies, la Musique à la Corné die -Française.
2. Registre de Lagrange. — Ces libéralités étaient ou devinrent une tradition, Voici en effet ce que dit Chappuzeau dans son Théâtre Français (Lyon, chez Mich. Mayer, 1674) : « Quand la pièce a eu un grand succès et an delà de ce que les comédiens s'en étaient promis, comme ils sont généreux, ils font de plus quelque présent à l'auteur qui se trouve engagé par là de conserver son affection pour la troupe. Cette générosité se porte si loin qu'un auteur des plus célèbres et des plus modestes força un jour la troupe royale de reprendre cinquante pistoles de la somme qu'elle lui avait envoyée pour son ouvrage. » Cet auteur a des plus célèbres et des plus modestes » ne terait-il pas justement Thomas Corneille ?
3. Lagrange a écrit : les parts d'auteurs. Dans sa notice sur
Ces générosités des comédiens sont assez significatives. Molière lui-même n^avait jamais eu plus de deux parts sur quatorze, et pourtant il était non seulement auteur, mais aussi acteur et chef de troupe. Il faut croire que la compagnie tl^nait beaucoup à s'attacher Corneille et faisait une singulière estime de son talent. Les comédiens ne sont-ils pas toujours portés à juger les ouvrages d'après les recettes qu'ils font? Ceux-ci avaient gagné assez d'argent avec Circé pour pouvoir penser que c'était une œuvre de génie *.
L'entreprise avait trop bien réussi pour qu'on pû^t s'en tenir là : il fallait sans tarder offrir un nouvel aliment k la curiosité publique et porter un dernier coup à l'Hôtel de Bourgogne, qui commentait d'être déserté *. On commanda à Th. Corneille une nouvelle pièce à grand spectacle, et il composa la comédie de l'Inconnu.
Quelque temps auparavant, un grand prince avait donné a la comtesse de X... une suite de fêtes galantes
Th. Corneille (édit. Sancfacz), M. E. Thierry n*a pas touIu admettre que le comédien ait pu faire une faute d'orthographe ; il a éonclu de ce passage que De Visé avait été le collaborateur de Thomas et que « se démasquant avec le succès » il avait réclamé a son tour une part dans les bénéfices. Mais si De Visé avait fait une partie de la tragédie, Lagrange n'aurait pas manqué d'inscrire son nom en marge du Registre^ comme il le fait toujours, et lui-même n'aurait pas manqué de le dire dans V Éloge de Th, CorneiUe^ qu'il écrivit dans le Mercure après la mort de son ami, et où il exagéra même sensiblement la part qu'il avait prise à ses derniers ouvrages : or il y déclare qu'il n'avait travaillé qu'aux divertissements de Circé. Les comédiens ne durent lui donner, pour sa peine, qu'une somme fixe, comme ils firent pour le musicien Charpentier.
1. A la ville et dans le monde du théâtre, on conserva longtemps le souvenir de la tragédie de Circé : trente ans plus tard, la Comédie- Française en fit une reprise, qui d'ailleurs ne fut pas très heureuse, avec un nouveau prologue de Dancourt et de nouveaux airs de Gilliers.
2. L'Hôtel de Bourgogne avait essayé de jouer une médiocre contrefaçon de Circé (paroles de Mlle de Saintonge , musique de Des Marais], mais ce spectacle n'avait pas du tout été suivi.
dont tout Paris avait parlé *. Thomas les avait trouvées si bien imaginées qu'il songea à les faire reproduire sur le théâtre et à régaler le public d'un divertissement dont quelques privilégiés seuls avaient pu jouir. II n'eut que la peine d'imaginer une intrigue qui servît de prétexte et de lien à ces cadeaux, mascarades, ballets et concerts. Grâce au concours de De Visé, qui fit, paraitil, le plan de chaque acte et les vers des divertissements ', la pièce put être livrée aux comédiens au commencement de l'automne de 1675, et VInconnu succéda presque immédiatement a Circé.
II fut joué sans interruption du 17 novembre 1675 au 21 janvier 1676, puis du 17 mars 1676 jusqu'à la semaine sainte, et plusieurs fois encore après Pâques : les recettes moyennes furent de 1 000 livres environ et, comme les dépenses extraordinaires n'avaient été que de 2 500 livres ', comme les frais journaliers, d'abord de 220 livres, avaient été ensuite réduits à 175 livres seulement ^, les bénéfices furent tout à fait satisfaisants. Th. Corneille et De Visé eurent chacun une part et, comme pour Circéy les parts d'auteur furent comptées sur quatorze : en six mois, VInconnu rapporta 2000 livres environ à chacun des deux collaborateurs.
Pour cette pièce, comme pour la précédente, les comédiens avaient encore outrepassé leurs droits : ils avaient fait venir du dehors des danseurs et des chanteurs à gages : cette fois pourtant Lulli ne réclama pas, sans doute parce qu'on lui promit que cette infraction aux ordonnances serait la dernière. Les violons avaient bien été réduits au nombre réglementaire de