‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 47 sur 209 · L* ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

L* ACADÉMIE FRANÇAISE

ce temps-là un travail considérable à la réussite duquel toute la Compagnie était intéressée.

On sait quels démêlés Furetière avait eus avec l'Académie. Ayant pris part pendant de longues années aux travaux du Dictionnaire, il avait cru avoir le droit d'en faire son profit : il avait préparé en cachette un gros ouvrage, comprenant non seulement tous les mots de la langue française, mais encore l'explication détaillée de tous les termes d'art et de science ; il avait obtenu par surprise un privilège, et l'Académie s'allait voir ainsi devancée par l'un de ses membres , quand un hasard l'informa de cette trahison. Furetière fut sommé de comparaître devant une commission de cinq membres ; sa mauvaise foi lui fut prouvée et, comme il refusait, malgré tout, de renoncer à son dessein, l'Académie prononça son exclusion (22 janvier 1685) et lui fit retirer son privilège. Il rédigea pour se défendre les Factums que l'on sait , il intenta même un procès à ses anciens confrères ; mais la mort vint le surprendre, en 1688, avant que l'arrêt fût rendu. Son Dictionnaire cependant était entre les mains des libraires de Hollande, qui, pouvant se passer de privilège, en hâtaient la publication : il parut en 1690 en deux volumes in-folio, sous ce titre : Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots français tant çieux que modernes y et les termes de toutes les sciences et des

artSy etc (La Haye et Rotterdam.) L'Académie, qui

achevait dans ce temps-là son propre dictionnaire, craignit que son ouvrage, qui n'était qu'un vocabulaire, fût moins recherché que celui de Furetière, qui était encyclopédique : elle eut l'idée d'y joindre, sous forme de supplément, un second recueil, où seraient traitées, comme dans le Dictionnaire universel ^ toutes les matières de science et d'art, et comme elle ne pouvait

se charger elle-même d'un pareil travail, elle en confia Texécution à Thomas Corneille, dont elle connaissait l'activité et le zèle.

Grâce au concours de quelques-uns de ses confrères, de quelques artistes et de quelques savants S Corneille vint à bout en quelques années de cette énorme besogne, et le Dictionnaire des termes d'arts et de sciences parut le 11 septembre 1694, un mois environ après la publication du Dictionnaire de l'Académie, Présenté au public sous le patronage de cette Compagnie, approuvé par le roi, qui en témoigna publiquement son contentement ', bien lancé, comme nous disons, par le Mercure galant^ cet ouvrage balança le succès du Dictionnaire unisferseL

Il nous paraît cependant qu'il ne le vaut pas. Tous les deux ne sont et ne pouvaient être que des compilations. Ayant eu des secours qui avaient manqué à Furetière, ayant pu aussi profiter des recherches de 'son devancier, Corneille est sans doute plus complet et, sur certains points, plus exact : mais son œuvre msinque d'ordre et de méthode, et c'est cela justement qui fait le mérite des travaux de cette espèce. Il a dépouillé avec un soin très louable tous les ouvrages spéciaux : Trésor de la Langue française de Nîcot, Dictionnaire de chimie de Perrault, le médecin, Principes de l'architecture y de la sculpture y de la peinture de Félibien, //wtitutes de médecine de EttmuUer, Traité de physique de Rohaut, Abrégé de. philosophie de Bernier, Traité des monnaies de Boizard, Histoire de France de Mézeray, et cent autres encore ; mais on s'aperçoit trop que toute cette science n'a pas été digérée. On voit souvent se suivre dans un même passage des extraits de divers

Page 1