II. IT
rappelant aussi le suprême encouragement que Chimène adressait au Cid, elle ajoute :
Va, tu n*ignores pas ce qu'a promis la reine. Combats, vaincs, et surtout n'expose pas ma foi A refuser ailleurs ce qui n'est dû qu'à toi !
Cependant les Argiens ont rassemblé leurs vaisseaux et sont sortis au-devant de la flotte Cretoise pour lui proposer le combat. Quel parti prendra Timocrate? Manquera-t-il k ses devoirs de roi et laissera-t-il son armée combattre sans chef? Ou bien portera-t-il le désespoir au cœur de la princesse en détruisant les forces d'Argos? Sera-t-il mauvais prince ou mauvais amant? Voilà dans quelle étrange incertitude se trouve notre héros au moment où finit le second acte.
Le troisième acte est particulièrement bien fait. La bataille s'est engagée et l'on vient en donner des nouvelles à la reine et à Eriphile. Thomas Corneille use là du procédé qui avait si bien servi à son frère dans Horace : les diverses péripéties du combat sont rapportées séparément par des messagers différents, de sorte que les deux princesses passent successivement par des alternatives d'espérance et de crainte, et la curiosité du public reste éveillée jusqu'à la fin.
On apprend d'abord que le prince Nicandre a pris de sa main Trasile, le second chef de la flotte Cretoise, et que la victoire penche du côté des Argiens.
Mais un nouveau messager arrive : Timocrate a paru au milieu des combattants, sous une armure superbe, la visière baissée : ses exhortations, les exemples qu'il donne ont rendu courage aux Cretois; les deux rois qui aspiraient à la main d'Eriphile sont tombés l'un après l'autre sous les coups du héros.
Un troisième envoyé vient annoncer la fin de la
bataille. Timocrate est vainqueur : la plupart des vaisseaux d^Argos ont péri; Nicandre est prisonnier; Cleomène a disparu dès le commencement du combat et on pense qu'il est mort. Tout est donc perdu : la reine supporte non saiis grandeur ce terrible coup. Elle veut rassembler ses derniers navires et aller mourir en combattant son ennemi :
Et du moins, sûrs du coup qui nous doit accabler, Essayons en tombant de le faire trembler '.
Mais tout à coup un grand bruit s'entend dans le palais, et qui voit-on paraître? Cléomène, Cléomène qui revient vainqueur. Il a, dit-il, repoussé les Cretois et Timocrate est son prisonnier.
Quel coup de théâtre! Dans la joie que lui cause ce retour inespéré, la reine promet à Cléomène de lui donner la main d'Eriphile :
J'atteste tous les dieux qu'au temple, aux yeux de tous, La princesse demain vous prendra pour époux.
On devine qu'il y a là une supercherie. Victorieux des Ârgiens, débarrassé de deux rivaux et même de trois (car, après avoir fait prisonnier Nicandre, il l'a délivré de sa main pour se l'attacher par la reconnaissance), Timocrate s'est hâté de revenir à la cour sous les habits de Cléomène et, pour obtenir Eriphile, il a amené, chargé de fers, un de ses officiers qui consent à passer pour le roi de Crète.
L'artifice est ingénieux, trop ingénieux même, car il
sent un peu la comédie ; il ne réussit pas cependant.
•Un hasard découvre toute la ruse. L'officier captif est
mis en présence du général crétois Trasile, qui avait
été pris, on s'en souvient, dans le commencement du