‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 59 sur 209 · Timocrate, T, ir · texte numérisé non relu

Timocrate, T, ir

même qai vient à son toar lui demander compte de la trahison dont elle le croit coupable?

... Ingrat, voilà ton crime! Apprête ton excuse Car, quoique de ta part il me dût peu toucher, J'ai la faiblesse encor de te le reprocher.

Cléomène ne se déconcerte point :

Ahl daignez mieux juger du zèle qui m'anime, D'un bel excès d'amour ne faites pas un crime.... Afin de mieux aimer, j'ai voulu me haïr, Et je me suis trahi de peur de vous trahir.

« Quoi! s'écrie Eriphile, avec beaucoup de logique, applaudir aux vœux de Timocrate c'est me donner une marque d'amour? »

(( Oui, répond Cléomène , quand j'ai vu Timocrate mettre la Crète à vos pieds, j'ai placé les intérêts de votre gloire au-dessus des intérêts de ma passion. Mon conseil était « grand et magnanime » : je vous aurais donné un trône et, après, je serais mort de douleur. »

Appelez ce dessein faiblesse, ingratitude.

Donnez-lui, s'il se peut, un nom encor plus rude : C'est par là seulement que ce cœur amoureux A cru justifier l'audace de ses feux.

Renoncer pour l'amour au soin de sa fortune, N'est que le faible effet d'une vertu commune; On a vu mille amants dans ses moindres douceurs Trouver la pente aisée au mépris des grandeurs, Et pour l'objet aimé, sans que rien les étonne, Quitter parents, amis, sceptre, trône, couronne; Mais il est inouî peut-être avant ce jour Qui! aucun ait immolé V amour même à l'amour. Pour consacrer mon nom au temple de mémoire, C'est à moi que le Ciel en réservait la gloire; Il la devait sans doute à ma fidélité, Et j'ose jusque-là flatter ma vanité

LES TBAGÉDIES ROMANESQUES. 121

Que, d*un effort si grand, si beau, si peu croyable, S*il vous fit seule digne, il m*a fait seul capable '.

Dans ce passage, que déparent quelques faiblesses, Thomas Corneille s'est visiblement inspiré de la fameuse tirade d'Horace :

Combattre un ennemi pour le salut de tous

Et contre un inconnu s'exposer seul aux coups.

D'une simple vertu c*est l'effet ordinaire... etc.

Ainsi que le patriotisme du jeune Romain s'irrite jusqu'à la férocité, la passion de Cléomène s'exalte au point de se sacrifier elle-même. Cette recherche du rare et, si l'on peut dire, de l'inédit dans les affaires de l'amour, l'héroïsme appliqué à la galanterie, n'est-ce pas là justement le trait le plus caractéristique des romans de ce temps ? Et ce qui est ici encore plus singulier, c'est qu'en réalité le faux Cléomène n'a pas eu de sacrifice à faire, il n'a pas éprouvé les sentiments dont il vient de faire cette subtile analyse : il imagine tout cela pour se tirer honorablement de la situation très fausse où il s'est mis en jouant son double rôle ; ce n'est donc là qu'une variation brillante où son esprit se complaît, qu'une ingénieuse théorie de morale amoureuse, de tout point semblable à celles qu'on entendait dans les cercles précieux, quand ils se constituaient' en cours d'amour.

Eriphile se laisse prendre à ce beau raisonnement; sa colère s'apaise et, sa tendresse reprenant le dessus :

Non, non, n'embrasse point une vertu contrainte,

s'écrie-t-elle, se souvenant à son tour d'HoracCy et, se

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