‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 64 sur 209 · Le Grand Ci/rus^ t. XII, p · texte numérisé non relu

Le Grand Ci/rus^ t. XII, p

2. La Bérénice de Th. Corneille n'a, bien entendu, rien de comman avec la fameuse reine de Palestine : c'est une princesse phrygienne et son amant passe pour être le fîls du roi de Lydie.

sujette et puis fille du roi ; les tablettes perdues et retrouvées où sont inscrites les confessions dernières d'une reiuQ morte au loin, les aveux tardifs d'un ancien confident qui se repent de s'être tu, stratagèmes enfantins et absurdes par lesquels sont préparés tous ces changements de fortune ; les combats de générosité qui s'engagent entre les deux amants à chaque métamorphose, le plus favorisé du sort voulant associer l'autre h son bonheur, l'autre se dérobant pai; excès de scrupule et de délicatesse, tout enfin : personnages, situations, sentiments, a été transporté par Thomas Corneille du roman sur le théâtre.

Cette Bérénice qui atteignait, je pense, le dernier terme et la perfection du genre romanesque, puisqu'il n'y avait rien qui ne fût invraisemblable ou forcé, cette Bérénice ne pouvait pas manquer, semble-t-il, de contenter pleinement le public pour lequel elle était faite : elle n'obtint pourtant qu'un demi-succès. Qui peut dire à l'avance d'un ouvrage de théâtre s'il réussira ou non ? Qui peut même se flatter de trouver au juste les raisons pour lesquelles il a ou n'a pas réussi ? Pour celui-ci cependant nous serions bien tentés de croire quç, s'il plut médiocrement, malgré ses défauts, c'est parce que l'intrigue n'en était pas assez compliquée. On attendait de l'auteur de Timocrate d'autres coups de surprise, d'autres mystères longtemps soutenus : on fut fâché de ne trouver là qu'une histoire déjà très connue et si régulièrement, si mathématiquement conduite, que, la première situation étant donnée, les autres devaient nécessairement suivre.

Bérénice n'en reste pas moins fort intéressante pour nous, d'abord à cause de ses origines et aussi parce que, composée en 1057, dans le temps même oii fleurissait l'esprit précieux, plus qu'aucun autre ouvrage

dramatique, elle porte les marques de cet esprit. A côté des tirades pompeuses et déclamatoires qui sont bien dans le ton ordinaire de la tragédie de ce siècle, on y découvre un bon nombre de ces alliances de mots extraordinaires, de ces métaphores longtemps continuées qui sont le fond même du style précieux, et surtout le recueil complet des définitions, des formules et des règles, dont on jugeait alors la connaissance indispensable à quiconque voulait se mêler d'aimer de la bonne manière.

Veut-on savoir, par exemple, com/nent s'y prend Tamant qui sait son monde pour laisser échapper son secret? Il se contente de prononcer le nom de l'objet charmant avec un certain accent, qui ne trompe point, de l'accompagner d'un : hélas ! bien soupiré, et chacun doit comprendre.

Si Bérénice..., hélas!

IPHITE

Vous semblez interdit!

L*aîmeriez-vous, seigneur?

ANAXARIS

• Ne te Vai'-je point dit?

Apprends, Iphite, apprends qu'où l'amour est extrême, C'est l'expliquer assez que nommer ce qu'on aime ^.

Que fera l'amant, si sa beauté lui est rigoureuse? Il souffrira en silence, trop heureux de pouvoir aimer, même sans espoir de retour :

Car l'amour ne veut point d'autre prix que l'amour *.... S'il voit qu'à s'expliquer ses vœux puissent déplaire, Sans les porter ailleurs, il les force à se taire. Et, pour charmer ses maux, c'est assez d'espérer Que du moins en mourant il pourra soupirer '.

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