Cf. particulièrement son Dialogue des héros de romans
3. Disons en passant que le sujet à'Antiockua (1666) est tout à fait
nous ne découvrons rien de nouveau : ce sont éternellement les mêmes situations et les mêmes personnages, et si Ton a le courage de lire V Amalasonte de Quinault, ou le Tigrane de l'abbé Boyer, ou le Trasibule de Montfleury, on retrouvera là aussi les mêmes procédés et les mêmes caractères, et l'on pourra conclure qu'il n'y a pas eu, au xvu" siècle, trente ou même dix tragédies romanesques, mais qu'à dire le vrai, il n'y en a eu qu'une.
Le fond de l'intrigue c'est presque toujours une substitution d'enfant suivie d'une reconnaissance. Le héros est ordinairement un jeune capitaine qui s'est déjà illustré par maint exploit : il aime sans espoir la fille de son roi et se prépare à s'éloigner pour toujours, quand un billet retrouvé par miracle fait reconnaître en lui l'héritier légitime du trône et lui permet ainsi d'épouser sa maîtresse. Nous avons déjà vu dans Bérénice un prince qui change de situation quatre fois en un jour; dans la tragédie de Darius y le véritable Darius se cache sous le nom de Codoman ; dans la tragédie de Pyrrhus^ le jeune Pyrrhus croit s'appeler Hippias et être le fils d'un sujet, tandis qu'Hippias croit être le prince Pyrrhus *. Ajoutez à ce très simple artifice les déclarations mal comprises, les histoires de portraits qu'on substitue l'un à l'autre et qui font naître des erreurs, « les jalousies conçues sur de fausses apparences, comme dit Madelon, et les rivaux qui se jettent à la traverse d'une inclination établie », tout l'éternel fond des romans, et il faudra bien que les
le même que celui de la Stratonice de Quinault (1660) ; il y a aussi quelque ressemblance entre Theodat (1672) et VAmalasonte du môme Quinault (1658).
1. On ne trouve pas autre chose dans la Bérénice de Du Ryer, dans Agrippa ou le Faux Tiberinua, dans le Feint Alcibiade^ dans VAatrate de Quinault.
quatre premiers actes soient remplis. Quant au cinquième, il est régulièrement occupé par l'inévitable sédition qui doit précipiter le dénouement : dans les paya un peu légendaires où nous sommes transportés, les peuples sont toujours tout prêts à se mettre en révolte ; le moindre incident, une fausse nouvelle suffisent k rassembler autour du palais une foule irritée : un amant rebuté de la princesse se met, pour se venger, à la tête des rebelles, les portes du palais vont être forcées et le roi commence à n'être plus très rassuré, quand, a la tête de quelques soldats fidèles, le jeune prince longtemps méconnu accourt pour faire tête h l'orage. 11 revient, deux scènes après, annoncer d'un air modeste que tout est rentré dans l'ordre et le roi epchanté lui offre sa couronne, qu'il se fait un devoir de refuser, trop heureux d'avoir sauvé la princesse et d'avoir mérité sa main. Il y a une sédition dans Darius^ il y en a une dans Pyrrhus^ une autre dans Persée et DémétriuSy il y en a deux dans Théodat. Ne fallait-il pas qu'il y eût à la fin un peu de sang versé pour que ces pièces si peu tragiques pussent s'appeler des tragédies * ?
Quant aux personnages qui s'agitent au milieu de ces incidents si peu variés, on en compterait quatre ou cinq tout au plus, et qui ne changent pas davantage. C'est d'abord la princesse généreuse, fière et sensible, qui parle toujours de sa « gloire » et qui cependant laisse prendre son cœur, comme une simple mortelle,
1. «( Le pocmc tragique, dit La Bruyère, vous serre le cœur dès son commencement,... voui) mène par les larmes, par les sanglots, par l'horreur jusqu'à la catastrophe. Ce n'est donc pas un tissu de jolis sentiments, de déclarations tendres, d'entretiens galants,... suivi, à la vérité, d'une dernière scène où les mutins n'entendent aucune raison, et où, pour la bienséance, il y a enfin du sang répandu, et quelque 'malheureux à qui il en coûte la vie. » ffics ouvrage» de f esprit, LI.)
à condition qu*on l'assiège dans les règles. Elle connaît par cœur sa carte du Tendre et ne saurait permettre à son amant de brûler une seule étape; mais quand, par sincérité^ respect et grand cœur, il est arrivé à forcer son estime, il ne lui est pas trop difficile « de /'accoutumer au discours de sa passion et de tirer d'elle cet aveu qui fait tant de peine », comme dit encore Madelon. Écoutez Statira dans la tragédie de Darius * :
Je sais que de mon sang la dignité suprême
Me devait assurer Tempire de moi-même,
Et, domptant d'un beau feu les charmes trop puissants,
Dégager ma raison du trouble de mes sens ;
Mais, quoi que Ton oppose à de si douces flammes.
Les belles passions cherchent les belles Âmes....
L'image qu'on s'en forme et pompeuse et brillante
Vous arrache aussitôt une estime innocente ;
Elle flatte, on s'y plaît; elle émeut, on consent;
On croît qu'elle est toujours ce qu'elle est en naissant,
Et, lorsque de l'amour, que cette erreur déguise.
Par son inquiétude on connaît la surprise.
Le cœur s'en est déjà si bien laissé charmer.
Qu'il n'est plus en état de refuser d'aimer.
Dans toutes ces tragédies, il n'est pas une héroïne qui ne vienne au premier acte faire une semblable confession*. Cet amour, si éloigne de la nature, qui marche