Darius, II, iv
LES TRAGÉDIBS ROMANESQUES. 139
qu'elle soit, il faut bien qu'il y ait un méchant homme. Celui-là est doublement criminel : d'abord il aspire au souverain pouvoir, alors que sa naissance ne l'y a pas destine et, bien loin de rougir de sa coupable envie, il déclare impudemment qu'il n'est point de forfait dont la pensée puisse l'épouvanter :
Mes désirs vont au tronc et, pour m'y faire place, L'attentat n'oÊFre rien que leur fierté n'embrasse *.... Perdons-nous, perdons tout, plutôt qu'on nous soup- De céder lâchement l'espoir d'une couronne'!... [çonne
La faute est grande sans doute de vouloir bouleverser l'ordre établi, et c'est aller contre les desseins des dieux que de s'en prendre à une royauté qu'ils ont euxmêmes établie. Encore cependant pourrait-on trouver quelque excuse a cette passion, qui n'est pas du moins la marque d'une âme vulgaire. Mais l'auteur a bien trouvé une autre manière de nous rendre le personnage odieux : cet ambitieux est un mauvais amant, et il a le front de l'avouer :
Ah ! que pour nos esprits l'amour a peu de force Quand de l'ambition ils ont goûté l'amorce '!
L'amour ne peut donc être pour lui qu'un amusement ou un moyen ; s'il recherche la main d'une princesse, c'est pour arriver par elle au pouvoir ; s'il espère mieux réussir d'un autre côté, il n'hésite pas a porter ailleurs ses hommages. Peut-on faire au beau sexe une plus cruelle injure? Un amant qui ne respecte pas l'amour, ce n'est ni plus ni moins qu'un monstre en bonne galanterie, et l'on ne peut qu'applaudir à la fin tragique d'un homme qui s'est montré tout à la fois