‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 79 sur 209 · V, VII · texte numérisé non relu

V, VII

LES TRAGÉDIES CORNÉLIENNES. I55

Et, en disant ces mots, il tire un poignard et se tue *,

Pierre Corneille disait en parlant de sa tragédie de Rodogune * : « Cléopâtre est très méchante; il n'y a point de parricide qui lui fasse horreur, tant son attachement à la domination est violent; mais tous ses crimes sont accompagnés d'une grandeur d'dme, qui a quelque chose de si haut, qu'en même temps qu'on déteste ses actions, on admire la source dont elles par^ tent, » Stilicon et Maximian ne sont-ils pas de la même race que Cléopâtre, épris comme elle de l'extraordinaire, glorieux de s'élever par l'étrangeté de leurs entreprises au-dessus de l'humanité, capables à coup sûr, si le destin avait autrement disposé leurs vies, d'être de même des merveilles d'honneur et de vertu?

Cette impression étrange, mêlée d'admiration et d'horreur, que nous laisse liodogune, c'est surtout dans la Laodice de Thomas que nous la retrouvons.

Maximian et Stilicon ne veulent sacrifier que leurs gendres à leur ambitieuse passion. Laodice a sacrifié

1. Dans son Maximien (1738), La Chaussée a imité d'assez près la tragédie de Thomas Corneille. Mais il en a beaucoup simplifié l'intrigue. De plus l'ancien empereur a chez lui un rôle un peu plus effacé. Il est toujours possédé par la même fièvre du pouToir :

Albin, l'ambition est Tdmc d'un héros,

Elle émane du ciel, elle Tient des dieux mêmes... (If, i).

Pour être désarmé, je ne suis pas vaincu,

Pour recouvrer enfin le rang où j'ai vécu.

Il n'est rien que mon bras ne tente et n'exécute ;

Je tombe de trop haut pour craindre une antre chute (II, vu).

Mais le plus souvent il ne se décide point seul. Il se laisse mener par un certain Albin, scélérat odieux, qui trahit tout le monde, et, partageant ainsi avec un autre l'horreur du crime, il est moins coupable, mais aussi moins grand.

Dans une lettre à M. Berger (février 1738), dans une autre lettre û M. Thiériot (8 mars 1738), Voltaire se promettait que la pièce de La Chaussée serait bien supérieure à celle de Thomas. Elle est peutêtre mieux écrite, mais elle est plus banale et moins cornélienne.

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