‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 87 sur 209 · IV, Vil · texte numérisé non relu

IV, Vil

Pour m*arracher au sort, en braver le courroux,

S'il ne faut que mourir, je mourrai bien sans vous....

Qu'importe qui de vous m*assure d'un vrai zèle,

Quand Annibal vous voit Tun et Tautre infidèle?...

Car enfin vous Tavez tous deux abandonné,

Tous deux signé Tarrêt qu'un parjure a donné,

Et l'ardeur, qu'à l'envi vous me faites paraître.

Ne m'ofire un défenseur qu'en me cachant un traître....

Tremblez, princes, tremblez; l'honneur du sang royal

Se maintenait encore à l'ombre d' Annibal.

Dépouillé qu'il était, il vous rendait terribles.

Armés de son seul nom vous étiez invincibles....

De votre liberté lui seul était l'appui ;

Il la faisait revivre, elle meurt avec lui.

Vains fantômes d'honneur! impuissantes idoles!

Esclaves en effet, soyez rois en paroles * !

Ne retrouve-t-on pas là le soudle et aussi le style de Pierre Corneille?... On pourrait relever dans cette tragédie plusieurs autres passages qui semblent être partis de sa main : ces quelques vers par exemple que Flaminius adresse à Attale :

Vous osez à mes yeux, enflé du rang suprême.

Trancher du souverain, ordonner de vous-même, Et sans songer par qui Pergame est sous vos lois. Voire amour prétend faire une reine à son choix? C'est donc là le respect que vous portez à Rome? Ignorez-vous qu'un roi chez elle n'est qu'un homme. Et que, pour renverser les plus grands potentats. Elle n'a tout à coup qu'à retirer le bras ' ?

Et surtout ce passage d'un monologue de Prusias :

Mais pourquoi t'oser croire, ô grandeur importune, Serviles intérêts d'Etat et de fortune, Qui, pour me conserver le vain titre de roi, M'ôtez la liberté de disposer de moi?

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