IV, Vil
Pour m*arracher au sort, en braver le courroux,
S'il ne faut que mourir, je mourrai bien sans vous....
Qu'importe qui de vous m*assure d'un vrai zèle,
Quand Annibal vous voit Tun et Tautre infidèle?...
Car enfin vous Tavez tous deux abandonné,
Tous deux signé Tarrêt qu'un parjure a donné,
Et l'ardeur, qu'à l'envi vous me faites paraître.
Ne m'ofire un défenseur qu'en me cachant un traître....
Tremblez, princes, tremblez; l'honneur du sang royal
Se maintenait encore à l'ombre d' Annibal.
Dépouillé qu'il était, il vous rendait terribles.
Armés de son seul nom vous étiez invincibles....
De votre liberté lui seul était l'appui ;
Il la faisait revivre, elle meurt avec lui.
Vains fantômes d'honneur! impuissantes idoles!
Esclaves en effet, soyez rois en paroles * !
Ne retrouve-t-on pas là le soudle et aussi le style de Pierre Corneille?... On pourrait relever dans cette tragédie plusieurs autres passages qui semblent être partis de sa main : ces quelques vers par exemple que Flaminius adresse à Attale :
Vous osez à mes yeux, enflé du rang suprême.
Trancher du souverain, ordonner de vous-même, Et sans songer par qui Pergame est sous vos lois. Voire amour prétend faire une reine à son choix? C'est donc là le respect que vous portez à Rome? Ignorez-vous qu'un roi chez elle n'est qu'un homme. Et que, pour renverser les plus grands potentats. Elle n'a tout à coup qu'à retirer le bras ' ?
Et surtout ce passage d'un monologue de Prusias :
Mais pourquoi t'oser croire, ô grandeur importune, Serviles intérêts d'Etat et de fortune, Qui, pour me conserver le vain titre de roi, M'ôtez la liberté de disposer de moi?