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soit pas respectée dans ses détails, si elle Test dans ses grandes lignes, et que les événements soient un peu arrangés, si l'idée morale en ressort plus générale et plus haute? Ici, comme dans Nicomède, ce qu'il fallait surtout mettre en lumière, c'était la passion de l'indépendance s'entretenant dans les belles âmes au sein d'un monde déjà conquis, le dernier effort de l'héroïsme individuel contre un mouvement invincible, et comment, dans cette lutte inutile, un cœur héroïque et sûr de lui « pouvait encore braver l'orgueilleuse masse de la puissance romaine, lors même qu'il en était accablé' ». En peignant, comme dans Stilicon ou dans Maximian^ une de ces cours du Bas-Empire où le pouvoir souverain excitait d'autant plus de convoitises que chacun pouvait y être porté par un coup de fortune ; en nous présentant, comme dans Laodice^ le tableau d'une de ces cours orientales, sanglantes et corrompues, où les liens de la famille n'étaient plus qu'un vain mot; en nous montrant, comme dans la Mort de Commode^ la Rome impériale terrorisée par un monstre et nourrissant encore des âmes stoïciennes, prêtes au sacrifice et dignes de la liberté, Thomas Corneille avait déjà prouvé que, capable d'aller aussi loin que personne dans le romanesqife et dans le faux, il s'entendait aussi, quand il le voulait, à « entrer dans le génie des siècles disparus ». Mais nulle part mieux que dans la Mort d'Annibal il n'avait réussi à dégager d'une époque la forme de grandeur qui lui avait été propre. On peut dire assurément qu'il était soutenu par le souvenir d'un chef-d'œuvre : ce n'était pourtant pas un mince mérite que d'avoir pu recommencer Nicomède.