‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 93 sur 209 · II · texte numérisé non relu

II

LES TRAGÉDIES RAGINIENNES.

11 fallait, il fallait à plus de violence Contre cette rivale enhardir ma vengeance :

Ma douceur a nourri son criminel espoir....

Je souffre tout pour elle.

Elle s*est fait aimer, elle m*a fait haïr.

Et c'est avoir plus fait cent fois que me trahir ' !

Ce mouvement n'est-il pas bien féminin ?

Dans l'entrevue qu'elle a avec le comte d'Essex, Elisabeth conserve encore sa majesté de souveraine ; elle ne peut supporter qu'un rebelle, qu'on a pris les armes à la main, vienne pour toute excuse entamer son propre panégyri(jue, et elle l'interrompt avec un grand air de hauteur :

....Eh bien! comte, Il faut faire juger dans la rigueur des lois La récompense due à ces rares exploits.

Si j*ai mal reconnu vos importants services, Vos juges n'auront pas les mêmes injustices.

Et vous recevrez d'eux ce qu'auront mérité Tant de preuves de zèle et de fidélité *.

Mais, à mesure que le danger grandit, sa rigueur s'adoucit et la reine s'efface devant l'amante :

Mon bonheur semble avoir enchaîné la victoire. J'ai triomphé partout, tout parle de ma gloire. Et d'un sujet-ingrat ma pressante bonté Ne peut, même en priant, réduire la fierté!... Une reine, intrépide au milieu des alarmes.

Tremblante pour l'amour, ose verser des larmes. O vous, Rois, que pour lui ma flamme a négligés, Jetez les yeux sur moi : vous êtes bien vengés !

« Cours, dit-elle à sa confidente, cours vers sa prison » :

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