‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 92 sur 209 · IV, I · texte numérisé non relu

IV, I

5. IV, III. Est-il nécessaire de rappeler que Charlotte Corday, près de mourir, citait & son père ce rers célèbre du frère de son aïeul ?

174 THOMAS CORNEILLB.

Accoutumés qu'ils étaient à la jactance des héros espagnols, les spectateurs du xvii® siècle devaient sans doute trouver ce défaut moins choquant que nous ne faisons aujourd'hui : il est possible que pour eux Essex restât malgré tout le personnage intéressant de la pièce, et l'auteur avait assurément voulu qu'il en fût ainsi. Pour nous, c'est à la reine Elisabeth que vont toutes nos sympathies.

Elle aime Essex dans un Age où les passions sont d'autant plus fortes qu'elles ne peuvent pas espérer d'être payées de retour; quand bien même le jeune comte répondrait à sa tendresse, le haut rang où elle est placée serait toujours entre eux une barrière infranchissable. Elle n'a donc rien à espérer

Que la douceur de voir, d'aimer, de soupirer * ;

elle ne demande a son favori que de se laisser adorer. Mais lui s'éloigne d'elle tous les jours davantage, il parajt tous les jours plus froid, plus impatient ; elle sent qu'il aime ailleurs, sans savoir au juste quelle est sa rivale. La-dessus, une émeute éclate, une poignée de factieux vient assiéger les portes du palais, et c'est Essex qui les conduit ! EHsabeth est d'abord tout étourdie par un pareil coup : mais, dès que la raison lui revient, sa première pensée est de chercher une excuse au coupable : peut-être aime-t-il la comtesse de

' Suffolk exilée et, sur ce simple soupçon, c'est contre la comtesse qu'elle s'indigne, heureuse de pouvoir faire

.retomber la faute sur une autre que sur lui :

Suffolk me Ta ravi, SufFolk qu'il me préfère Lui demande mon sang, le lâche veut lui plaire. Ah I pourquoi dans les maux oii l'amour m'exposait N'ai-je fait que bannir celle qui les causait?

Page 1