PHÈDRE
Ma sœur Tavait reçue en fuyant avec vous....
Vous la laissez dans Naxe en proie à ses douleurs, Votre légèreté peut me laisser ailleurs....
Qui reconnaîtrait en elle la Phèdre d'Euripide et de Racine, la victime désignée de Vénus? Il ne semble pas qu'elle ait un cœur, ni même des sens. Elle n'aime pas Thésée, quoi qu'elle en dise. Mais il lui plaît d'avoir fait la conquête d'un héros déjà illustre, d'un fils de roi qui sera roi bientôt, et d'un homme que sa sœur adore.
Que dire d-e Thésée lui-même? Ce beau tueur de monstres, ce « chevalier errant de la mythologie », aussi glorieux qu'Hercule et plus sympathique que lui, étant plus homme, on souffre de le voir rapetissé, défiguré, placé dans une situation à la fois odieuse
et comique. Ce « Lauzun fabuleux ' », dont la grâce robuste avait charmé la reine même des enfers, il est ici réduit au rôle d'un séducteur bourgeois, qui n'a pas mçme assez d'audace et de sang-froid pour commettre délibérément sa petite infamie. Il ose à peine paraître devant sa victime, il a peur de ses larmes, il voudrait s'épargner le spectacle du désespoir qu'il cause ; oblige enfin d'accepter la trop fâcheuse entrevue, il ne cède pas, mais il ne trouve pas une excuse : il risque quelques galanteries, qui paraissent insipides et même choquantes, et il offre de mourir, ce qui est l'ordinaire ressource des héros de tragédie qui n'ont plus rien à dire.
Voyez Don Juan, comme il s'entend à se délivrer d'Elvire : « Madame, dit-il, voici Sganarelle, qui sait pourquoi je suis parti ». Mais s'il s'en remet à son valet du soin de sa défense, ce n'est pas qu'il soit embarrassé de se tirer tout seul d'affaire : c'est parce que le procédé lui paraît plaisant de forcer le vertueux Sganarelle à devenir son complice ; et, quand Elvire le pousse à bout, comme il sait bien par une sanglante moquerie la détacher h jamais de lui! Mais Don Juan est un vrai grand seigneur et un méchant homme : Thésée est un vulgaire égoïste, à qui manquent tout à fait cette hauteur et cette forfanterie de vice qui font à la scène excuser les plus grands coupables ; il a l'air d'un petit garçon pris en faute et c'est à lui que l'amante trahie pourrait dire : « Ah! que vous savez mal vous défendre pour un homme de cour, et qui doit être accoutumé à ces sortes de choses! j'ai pitié de vous voir la confusion que vous avez * ».
Si un auteur moderne mettait la même fjible sur le théâtre, on verrait à coup sûr le séducteur et Phèdre,