CHAPITRE PREMIER
me pendant qu'il produit;— une accumulation de ces objets entre les mains du travailleur en abaisse le prix et abaisse également le prix de ce qui esl produit pendant qu'ils sont consommés. Mais une accumulation de l'argent qui représente ces objets ou même de ces objets eux-mêmes entre les mains d'autres que les travailleurs, fait tout renchérir. Les personnes en question, les capitalistes, sans produire,non seulement prélèvent un intérêt sur la personne qui travaille le sol, mais encore cette même accumulation permet qu'un intérêt soit exigé de tous les autres travailleurs qui emploient ce capital. Le cultivateur doit payer encore, outre le prix réel, l'intérêt que d'autres travailleur payent sur tous les articles que lui, cultivateur, consomme... Je ne veux pas dire qu'une plus grande quantité de travail sera requise pour produire, mais que tout homme qui produit doit donner une plus forte proportion de ses productions pour les objets que son propre travail ne produit pas. . . Je suis favorable à cetle économie qui épargne aujourd'hui afin que demain ne soit pas sans nourriture, mais jamais en moi la raison ni le sentiment n'ont été favorables à cette accumulation, qui, commençant trop généralement par la parcimonie et l'injustice, m'apparalt comme un des plus puissants moyens d'accomplir l'injustice et d'encourager, de la part du petit nombre, un prodigieux gaspillage, qui aboutit à l'oppression du grand nombre. Je suis hostile à ces doctrines des économistes politiques qui louent l'accumulation du capitcd. Elles confèrent une sorte de raison à cette recherche de la richesse, qui est actuellement le fléau de l'univers, elles encouragent les riches à se faire encore plus riches, au prix de toutes sortes d'exactions, en les persuadant que
leurs accomalations favorisent l'industrie et la richesse générales (i).
Enfin, après trois ans d'absence, en novembre 1818, Thomas Hodgskin arrive à Londres. Il se dérobe aux instances de Bentham et de ses fidèles, qui voudraient le faire venir à Ford Abbey, dans la résidence d'été du grand réformateur, défendre et soumettre à la discussion sa philosophie d'ennemi des lois (2). Il part pour Edimbourg, où il retrouve une jeune Allemande dont il s'était épris à Hanovre et qui sera la compagne intelligente et courageuse des cinquante années qui lui restent à vivre (3). Sans délai, à peine marié, il se met à l'œuvre. En Janvier 1820, paraissent ses « Voyages dans le Nord de l'Allemagne (4) »; on y sent le progrès accompli par sa pensée, — progrès en précision, progrès en dogmatisme aussi — pendant six ans de voyages et de réflexions.
Hodgskin a vu se propager, pendant qu'il parcourait les routes d'Allemagne, l'agitation libérale, d'inspiration française, mais peut-être
(i) Hodgskin à Place, Amsterdam, 12 octobre 1818 (communiquée par Miss Hodgskin).
(a) Hodgskin à Place. Deptford, 8 nov. 1817. BritMus. add., mss. 33.i53, f. 52.
(3) Place à Hodgskin. 8 sept. 1819 ; BriL Mus., add. mss. 33.153, f. 73.
(4) Travels in the North of Germany, Voir le titre complet à la Bibliographie,