CHAPITRE PREMIER SQ
ration qui leur est due ; et le fait même que bien des savants, bien des artistes, ne trouvent pas l'emploi de leurs talents,prouve,non qu'ils doivent être secourus, mais que Toffre, en ces matières, a été forcée au-delà de ce qu'exigeait la demande (i). Les gouvernements allemands protègent Tindustrie, règlent la distribution de la propriété foncière. Mais les pépinières d'État, les salines d'État, que Hodgskin a visitées, lui ont paru médiocrement prospères. Les lois du Hanovre sur la propriété foncière ont eu, Hodgskin le reconnaît, quelques bons effets : elles ont empêché l'émiettement, empêché aussi une concentration excessive des propriétés. Mais ces maux euxmêmes, contre lesquels certaines lois peuvent avoir utilement réagi, proviennent, en dernière analyse, selon Hodgskin, d'autres lois : car les lois, œuvre des riches, ont pour fonction essentielle de protéger la richesse. « Ne subvenir aux besoins d'aucun homme etlaisser à chaque homme le produit de son propre travail, voilà quelle serait la meilleure loi agraire » (2) ; et Hodgskin, non sans quelque apparence de paradoxe, oppose à l'exemple de l'Allemagne celui de l'Angleterre, où, à l'en croire « la propriété foncière est restée entièrement libre », où « le possesseur est resté
(i) Travela, vol. II, p. 278.
(a) Vol. U, pp. 86-8;.
libre de disposer de son bien comme il a jugé à propos )), où, par suite, « l'intérêt personnel a effectué un grand bien général, sans restriction ni prescription législative » (i).
Les gouvernements allemands ont voulu 'prévenir la misère par des règlements d'assistance publique : c'est toujours la même volonté absurde de substituer les prescriptions de la loi à celles de la nature. Hodgskin, qui déjà se détache de Malthus, continue à penser, en ceci, comme Malthus. On ne peut se marier entre pauvres, au Hanovre, qu'avec la permission du magistrat. On en conclut que tout mariage autorisé par le magistrat est légitime et sacré. En réalité, la misère qui en résultera, voilà la seule raison naturelle pour laquelle il ne devrait pas être conclu ; et « le magistrat, par la substitution de son autorisation à la raison naturelle, empêche les parties contractantes de connaître cette importante vérité » (2). Les classes gouvernantes, qui sont aussi les classes riches,ont la vanité ^e croire qu'il est en leur pouvoir, par des lois, de soulager la misère ; mais la loi, œuvre des riches, est, par essence, la cause de la misère; comment pourrait-elle, sinon par accident, diminuer la misère ?
(i) Travels, vol. II, p. 95.
(2j Vol. II. pp. 99-100.