CHAPITRE PREMIER 3l
Le propriétaire foncier et le capitaliste ne produisent rien. Le capital est le produit du travail, et le profit n*est rien qu'une portion de ce produit, impitoyablement extorquée contre la permission accordée au travailleur de consommer une partie de ce que luimême a produit. Quand cela lui est accordé à titre d'aumône, s'il n'est pas opprimé, il est tout au moins insulté. Ceux qui s'imaginent être bienfaisants, parce qu'ils concèdent au travailleur une bribe de ce qu'ils lui ont extorqué, se paient d'un cant hypocrite, qui, même s'il est consacré par les lois, même s'il s'accorde avec les habitudes de la société, n'a jamais été surpassé par le cant des religions les plus absurdes. Par votre travail, vous mangerez votre pain ; voilà le langage de la sagesse divine, et celui qui ne gagne pas ce qu'il consomme par sa propre industrie, mange un pain dont la nature a fait la propriété d'un autre. Les pauvres sont la terreur des riches et le fléau de la société. Mais ceux qui vivent dans l'abondance n'ont guère le droit de se plaindre quand leur repos est troublé ; car c'est eux qui infligent la pauvreté à leurs semblables et, en môme temps, leur enseignent à désirer la richesse. Les maux delà société ne sauraient trouver de remèdes dans des lois du Parlement. On parait généralement supposer, parce que les riches font les lois, que les pauvres ont seulement besoin d'être réprimés et réformés. C'est une erreur. C'est la classe gouvernante de la société qui a besoin d'une réforme et qui mérite le plus de blâme pour les maux sociaux existants (i).
L'erreur allemande réside, en dernière analyse.
(i) TraçeUf vol. II, pp. 97-98.
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dans une fausse conception de Téconomie politique, entendue comme « la connaissance des moyens de développer la prospérité du peuple, au moyen du gouvernement » (i), alors qu'en réalité elle consiste dans la connaissance des lois naturelles, conformément auxquelles se réalise, sans- intervention gouvernementale, rintérèt général (2). La conséquence de cette méprise, c'est que Ton rejette sur la nature la responsabilité des crimes dont les gouvernements et les lois sont les véritables auteurs. Au lieu d'expliquer le crime et la misère par un état « artificiel » de la société, où une « aristocratie de richesse » exerce une influence peut-être aussi pernicieuse que celle de Tancienne « aristocratie de naissance » (3), où « celui qui produit tout ne reçoit presque rien, tandis que ceux qui ne produisent rien abondent en superfluités», où « l'industrie estl'esclave de la paresse et, par son association constante avec les idées de pauvreté et de mépris, est devenue plus détestée, plus abhorrée que le crime » (4), on aime mieux faire retomber tout le mal sur l'industrie et le commerce. Cependant»
(i) TravelSf vol. I, 4i4'
(2) Vol. I, p. 467.
(3) Vol. II, p. iG3.
(4) Vol. 1, p. 3o2.