CHAPITRE PREMIER
Enfance. — Années de navigation. — L' «Essay ON Naval Discipline » (i8i3). — Voyage sur
LE continent : les « TrAVELS in THE NORTH OF
Germany » (1820). — Séjour a Edimbourg et correspondance avec Francis Place (1819iSaa).
Thomas Hodgskin naquit, le 12 décembre 1787, à Ghatham, près de Londres, où son père exerçait les fonctions de storekeeper, de commissaire aux yivres, dans les docks de l'Amirauté . Entre un père égoïste, vaniteux, dépensier, qui, avec un traitement annuel de sept cents livres sterling, finit par réduire sa famille à la misère, et une mère qui , pendant trente années, lutta patiemment, mais en vain, pour dissimuler le gaspillage et rinconduite du chef de la famille, Thomas, ses frères et ses sœurs, eurent une enfance sans plaisirs et sans joies (i). 11 avait d'ailleurs douze ans à peine lorsque son père , abrégeant son éducation, décida de se débarrasser de lui et, profitant de Tinfluence que lui donnait sa position à TAmirauté, Tembarqua comme cadet à bord d'un bâtiment de guerre. Thomas Hodgskin navigua pendant une dizaine d'années, croisant dansla Méditerranée, sur les côtes d'Afrique, où il put observer, chez les peuples sauvages de la région, les formes rudimentaires de l'échange (2),
(1) Hodgskin à Place, lettre non datée, Paris, juillet 1816 (lettre communiquée par Miss Hodgskin).
(2) Popular PoUtical Economyy p. i53.
b THOMAS HODGSKm
dans les Mers du Nord, où nous le voyons se distinguer, en 1807, lors de l'expédition de Copenhague. Il lisait le plus qu'il pouvait ; mais les livres qu'il lisait étaient choisis, nous dit-il, sans méthode, à la manière des marins (i).
La réflexion devrait suivre Tacquisition des connaissances ; mais j'ai commencé à réfléchir aux heures de faction nocturne, sur le pont solitaire, sur le vaste Océan, en face des scènes de la nature les plus sauvages et les plus paisibles, dans le calme plat des tropiques, dans les tempêtes d'hiver, avant d'avoir accumulé des matériaux en sufiisance (2).
Il n'éprouvait ni sympathie intellectuelle pour les camarades parmi lesquels la volonté paternelle l'avait jeté, ni goût pour le métier qui lui avait été imposé. La discipline du bord ne convenait ni à son tempérament ni aux principes qu'il avait adoptés déjà. « J'avais décidé, nous dit-il, d'opposer à l'oppression, toutes les fois qu'elle me blesserait^ une résistance énergique ». Longtemps, cependant, il continue d'obéir à contre-cœur, par lâcheté, par habitude. Un jour, enfin, il éclate. « Je me plaignis, écrit-il, à un commandant, d'une injustice dont il s'était rendu coupable envers moi, dans les termes que méri-
(i) Essay on Naval Discipline, p. xxiv.
(a) Hodgskin à Place , Paris , ai mars 1816 (communiqué par Miss Hodgskin).