CHAPITRE PREMIER
tait, à mon sens, l'injustice commise : il m'avait injustement interdit tout espoir d'avancer par mon mérite, ce qui revenait à m'interdire tout espoir » (i).Parson incartade, Thomas Hodgskin aggrave son cas. 11 est mis en non -activité, à la demi - solde. A peine âgé de vingt-cinq ans, les circonstances ont déjà fait de lui « un homme mécontent et désappointé (2) ».
L'absurdité des lois et des coutumes de la marine m'a fait un mal profond. J'en ai une opinion si absolument mauvaise que, sentant sur ce point comme beaucoup d'autres, je n'éprouve pas de honte à en avoir subi la flétrissure. Si elles ne m'avaient coûté la bonne opinion de la société, qui se fonde trop généralement sur le succès; si elles ne m'avaient coûté, en partie, l'estime de mes amis ; si elles ne m'avaient complètement fermé, avec la carrière maritime, où ma vie entière s'était écoulée, tout accès à la réputation et à la fortune, je n'aurais pas souffert du châtiment. C'est un devoir pour moi d'essayer de les modifier en agissant sur l'opinion publique (3).
Il s'acquitte de ce devoir lorsqu'il publie, en i8i3, un « Essai sur la Discipline Navale (4) », où il consigne les résultats des expériences de sa
(i) Nas>. Disc, p. xiii.
(2) Nav, Disc, p. XIV.
(3) Nav, Disc.^ p. x-xi,
(4) An Essay on Naval Discipline, — Voirie titre complet à la Bibliographie,
vie de marin. Il se donne, dans cet ouvrage, pour le disciple de Locke (i), de Paley (2), de Malthus (3) : n'est-on pas fondé à croire qu'il a subi aussi l'influence de Godwin, bien qu'il ne le cite jamais ? Il est chrétien, mais il se pose aussi en adversaire des idées innées (4), en utilitaire, en individualiste.
Se soumettre patiemment à l'oppression parce qu'elle vient d'un supérieur est un vice ; . . . surmonter cette crainte du supérieur et y résister , est une vertu. C'est là que doivent me conduire mes raisonnements, soit que je prenne l'utilité pour fin obligatoire de mes devoirs moraux, soit que je m'adresse à cette religion qui me dit de faire la justice et d'aimer la pitié : la forme la plus sacrée de la justice, c'est la justice qu'un homme se doit à lui-même ; s'en acquitter pleinement, c'est la façon d'agir qui se trouvera, en fin de compte, le plus compatible avec l'intérêt et le bien réel de la société. Une telle conduite peut déplaire à un maître avide, à un supérieur jaloux, mais elle est rigoureusement d'accord avec cette utilité qui est la fin delà moralité; elle est vertueuse et demeurera toujours vertueuse, tant que la vertu consistera à bien agir, selon l'étendue des connaissances de celui qui agit, dans l'espoir de jouir du bonheur éternel (5).
(i) Nav, Disc, p. 18.
(5) PP. xii-xin. — Cf. pp. XIV, 168.