CHAPITRE PREMIER 6x
qae ce fait donnait à son prédécesseur et déliait les hommes liges de l'obligation du service personnel, ne seraient-ils pas encore, tout le reste de la terre étant monopolisé , obligés de travailler pour lui à ses conditions ou de mourir de hiim ? Et si, par la suite, il louait une grande partie de sa terre, la somme à lui payée sous le nom de rente ne serait-elle pas en réalité le prix d'une part de son privilège d'extorquer ime portion du travail des hommes-liges? Supposez qu'un fermier écossais — la chose, en vérité, est arrivée — loue une certaine quantité de terre à un noble polonais ou russe, quelle que fût son ingéniosité, il n'en pourrait, avec son propre travail, cultiver qu'une petite portion. Mais, en s'aidant du travail des paysans que le seigneur lui accorderait au taux de 6 d. par jour et par tête, il pourrait cultiver toute une contrée, et la rente qu'il serait alors en état de payer serait bien plus en proportion du nombre d'hommes qu'il emploierait, comparé à leur produit absolu, que de l'étendue de la surface à laquelle s'apphquerait son travail. Kt, soit en lui louant, soit en lui vendant ce territoire, le noble ne ferait eu vérité que lui vendre ou lui louer non pas le pouvoir originel et indestructible du sol, mais son pouvoir sur le travail des esclaves qui l'habitaient. L'origine de la rente qui se paie actuellement est la suivante. Un petit nombre d'hommes tirent la conquête d'autres hommes et monopolisèrent tout le sol du pays. D'abord ils employèrent et nourrirent leurs esclaves, et s'approprièrent le produit de leur travail. Puis il» vendirent ou échangèrent ce pouvoir sur leurs esclaves à d'autres personnes, qui remirent aux esclaves l'obligation du service personnel, mais les contraignirent encore à travailler aux conditions des
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propriétaires fonciers. C'est pour la portion de ce pouvoir sur une terre déjà appropriée que la rente se paie en Europe. On ne saurait affirmer positivement, mais je suis disposé à croire qu'aucune espèce de rente n'eût jamais existé s'il n'y avait jamais eu à! esclaves. On ne peut tirer argument, contre celte hypothèse, de Tétat de l'Amérique du Nord, parce qu'un grand nombre de travailleurs de ce pays sont les descendants des esclaves d'Europe et sont presque aussi dépendants de ceux qui déjà possèdent le sol et le capital que s'ils vivaient en Europe. L'Amérique, en fait, souffre, comme l'Europe, du vice de l'état primitif de la société dans ce dernier pays, aussi bien qu'elle bénéficie de ce que contenaient de bon ses connaissances et ses institutions.
Si la description que nous donne Mr. Ricardo de l'origine de la rente est vraie, si jamais elle ne dépasse la différence entre le produit des bonnes et des mauvaises terres, alors la rente ne peut jamais relever le prix. Il a surmonté toutes les difficultés de cette partie du sujet par sa définition, peu libérale, je crois, du prix du travail. Adam Smith était beaucoup plus juste. Mr. Ricardo a trouvé le travail rémunéré dans notre société conune si le travailleur était un esclave, et a admis que telle était sa condition naturelle. Si l'origine que j'ai assignée à la rente est exacte, la rente relève le prix de toutes choses et entrave le progrès que nous pourrions effectuer en faisant passer la charrue sur des déserts, et sur d'autres terres à présent incultes, non seulement en raison de la somme qu'il faut payer aux propriétaires fonciers pour avoir la permission de mettre ces espaces déserts en culture, mais encore parce qu'elle relèvC; pour la personne qui pourrait les cultiver,